Arthur Schopenhauer. Être à l’unisson avec soi-même


On ne peut être à l’unisson parfait qu’avec soi-même; on ne peut pas l’être avec son ami, on ne peut pas l’être avec la femme aimée, car les différences de l’individualité et de l’humeur produisent toujours une dissonance, quelque faible qu’elle soit. Aussi la paix du cœur véritable et profonde et la parfaite tranquillité de l’esprit, ces biens suprêmes sur terre après la santé, ne se trouvent que dans la solitude et, pour être permanents, que dans la retraite absolue. Quand alors le moi est grand et riche, on goûte la condition la plus heureuse qui soit à trouver en ce pauvre bas monde. Oui, disons-le ouvertement; quelque étroitement que l’amitié, l’amour et le mariage unissent les humains, on ne veut, entièrement et de bonne foi, de bien qu’à soi seul, ou tout au plus encore à son enfant. Moins on aura besoin, par suite de conditions objectives ou subjectives, de se mettre en contact avec les hommes, mieux on s’en trouvera […] Une étude importante pour les hommes serait d’apprendre de bonne heure à supporter la solitude, cette source de félicité et de tranquillité intellectuelle.

Arthur Schopenhauer (1788-1860), Aphorismes sur la sagesse dans la vie (1851)
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