Stabat Mater dolorosa. Grégorien

Rogier van der Weyden (1400-1464)
La descente de croix (~1435)
Le Prado, Madrid

Choeur grégorien de Paris

Stabat Mater dolorosa
juxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Cuius animam gementem,
contristatam et dolentem,
pertransivit gladius.

O quam tristis et afflicta
fuit illa benedicta
Mater Unigeniti.

Quæ mœrebat et dolebat,
Pia Mater, dum videbat
Nati pœnas incliti.

Quis est homo qui non fleret,
Matrem Christi si videret
in tanto supplicio ?

Quis non posset contristari,
Piam Matrem contemplari
dolentem cum Filio ?

Pro peccatis suæ gentis
vidit Iesum in tormentis
et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem natum
morientem desolatum,
dum emisit spiritum.

Eia Mater, fons amoris,
me sentire vim doloris
fac, ut tecum lugeam.

Fac ut ardeat cor meum
in amando Christum Deum,
ut sibi complaceam.

Sancta Mater, istud agas,
Crucifixi fige plagas
cordi meo valide.

Tui nati vulnerati,
tam dignati pro me pati,
pœnas mecum divide.

Fac me vere tecum flere,
Crucifixo condolere,
donec ego vixero.

Iuxta crucem tecum stare,
ac me tibi sociare
in planctu desidero.

Virgo virginum præclara,
mihi iam non sis amara :
fac me tecum plangere.

Fac ut portem Christi mortem,
passionis fac consortem,
et plagas recolere.

Fac me plagis vulnerari,
Cruce hac inebriari,
et cruore Filii.

Flammis urar ne succensus
per te Virgo, sim defensus
in die judicii.

Fac me cruce custodiri
Morte Christi praemuniri
Confoveri gratia.

Quando corpus morietur,
fac ut animæ donetur
Paradisi gloria.


Debout, la Mère, pleine de douleur,
se tenait en larmes, près de la croix,
tandis que son Fils subissait son calvaire.

Alors, son âme gémissante,
toute triste et toute dolente,
un glaive transperça.

Qu’elle était triste, anéantie,
la femme entre toutes bénie,
la Mère du Fils de Dieu.

Dans le chagrin qui la poignait,
cette tendre Mère pleurait
son Fils mourant sous ses yeux.

Quel homme sans verser de pleurs
verrait la Mère du Seigneur
endurer si grand supplice ?

Qui pourrait dans l’indifférence
contempler en cette souffrance
la Mère auprès de son Fils ?

Pour toutes les fautes humaines,
elle vit Jésus dans la peine
et sous les fouets meurtri.

Elle vit l’Enfant bien-aimé
mourir tout seul, abandonné,
et soudain rendre l’esprit.

Ô Mère, source de tendresse,
fais-moi sentir grande tristesse
pour que je pleure avec toi.

Fais que mon âme soit de feu
dans l’amour du Seigneur mon Dieu :
que je Lui plaise avec toi.

Mère sainte, daigne imprimer
les plaies de Jésus crucifié
en mon cœur très fortement.

Pour moi, ton Fils voulut mourir,
aussi donne-moi de souffrir
une part de ses tourments.

Donne-moi de pleurer en toute vérité,
comme toi près du Crucifié,
tant que je vivrai.

Je désire auprès de la croix
me tenir, debout avec toi,
dans ta plainte et ta souffrance.

Vierge des vierges, toute pure,
ne sois pas envers moi trop dure,
fais que je pleure avec toi.

Du Christ fais-moi porter la mort,
revivre le douloureux sort
et les plaies, au fond de moi.

Fais que ses propres plaies me blessent,
que la croix me donne l’ivresse
du Sang versé par ton Fils.

Je crains les flammes éternelles.
Ô Vierge, assure ma tutelle
à l’heure de la justice.

Fais que je sois protégé par la Croix,
prémuni par la mort du Christ,
réchauffé par la grâce.

À l’heure où mon corps va mourir,
à mon âme fais obtenir
la gloire du paradis.