Les moutons épris de liberté


Un troupeau de moutons un beau jour s’aperçut
Que de sa précieuse liberté il ne jouissait plus.
Après tout, se demandait cette aimable gent laineuse
Peut-on vraiment nous imposer ces règles ennuyeuses ?
Un berger et ses chiens, est-ce bien nécessaire ?
Ce sont eux qui nous empêchent de tout faire.
De quel droit nous priver de brouter dans d’autres vallées ?
Et au nom de quoi nous faire marcher en rangs serrés ?
Ou donc est la démocratie dans tout cet appareil ?
Sans délai, mettons au pas gouvernement pareil.
Un beau matin donc, l’assemblée fut convoquée
Et, à patte levée, l’ordre du jour bien vite adopté.
Exit donc le propriétaire et son représentant, le berger.
Dehors les chiens qui n’ont de cesse de nous harceler.
Dès le lendemain, ceux-ci s’en furent vers d’autres prés.
Suivis de quelques moutons bêlants ne suscitant que risée.
Puis, le texte fondateur de l’entreprise fut mis aux voix.
Et, sans hésiter, tous les passages contraignants on extirpa.
A notre autonomie, plus de limites, il est interdit d’interdire !

Pour savoir ce qu’il advint, point n’est besoin d’être devin.
Loups, ours et chiens errants sans tarder furent en chemin.
Ceux qui au carnage purent échapper, très rapidement s’égarèrent.
Et dans des zones pierreuses ou sablonneuses de faim expirèrent.

Tel pourrait être le sort de chrétiens qui en arrivent à s’imaginer
Que de pasteurs et d’héritage l’on pourrait se passer.
La vraie liberté a ses limites et ses points de repère.
Qu’avec amour Dieu et son Église nous prodiguèrent.
Est-il sage celui qui d’une barrière ne voit que limitation
Alors que du précipice elle nous assure protection ?

Jacques H.