Le respect porté par Jésus


Pour Jésus, l’autre est toujours plus et mieux
que ce à quoi les idées reçues, même des sages
et des docteurs de la Loi, tendent à le réduire.
Il voit toujours en celui ou celle qu’il rencontre
un lieu d’espérance, une promesse vivante,
un extraordinaire possible, un être appelé,
par delà ses limites, ses péchés, et parfois ses crimes,
à un avenir tout neuf.
Il lui arrive même d’y discerner quelque merveille secrète
dont la contemplation le plonge dans l’action de grâce !

Il ne dit pas : « Cette femme est volage, légère, sotte,
elle est marquée par l’atavisme moral et religieux de son milieu,
ce n’est qu’une femme. »
Il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation.

Il ne dit pas : « Voilà une pécheresse publique,
une prostituée à tout jamais enlisée dans son vice. »
Il dit : « Elle a plus de chance pour le Royaume des Cieux
que ceux qui tiennent à leurs richesses
ou se drapent dans leurs vertus et leur savoir. »

Il ne dit pas : « Celle-ci n’est qu’une adultère. »
Il dit : « Je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus. »

Il ne dit pas : « Cette vieille qui met son obole dans le tronc
sur les œuvres du Temple est une superstitieuse. »
Il dit qu’elle est extraordinaire et qu’on ferait bien
d’imiter son désintéressement.

Il ne dit pas : « Ces enfants ne sont que des gosses. »
Il dit : « Laissez-les venir à moi, et tâchez de leur ressembler. »

Il ne dit pas : « Cet homme n’est qu’un fonctionnaire véreux
qui s’enrichit en flattant le pouvoir et en saignant les pauvres. »
Il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut.

Il ne dit pas comme son entourage :
« Cet aveugle paie sûrement ses fautes ou
celles de ses ancêtres. »
Il dit que l’on se trompe à son sujet et il stupéfie
en montrant avec éclat combien cet homme jouit
de la faveur de Dieu :
« Il faut que l’action de Dieu soit manifestée en lui. »

Il ne dit pas : « Le centurion n’est qu’un occupant. »
Il dit : « Je n’ai jamais vu pareille foi en Israël. »

Il ne dit pas : « Ce savant n’est qu’un intellectuel. »
Il lui ouvre la voie vers la renaissance spirituelle.

Il ne dit pas : « Cet individu est un hors la loi. »
Il lui dit : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »

Il ne dit pas : « Ce Judas n’est qu’un traître. »
Il accepte son baiser et lui dit : « Mon ami. »

Jésus n’a jamais dit : « Il n’y a rien de bon dans celui-ci,
dans celle-là, dans ce milieu-ci… »

De nos jours, il n’aurait jamais dit :
« Ce n’est qu’un intégriste, un moderniste, un gauchiste,
un fasciste, un mécréant, un bigot. »
Pour lui, les autres, quels qu’ils soient,
quels que soient leur statut, leur réputation,
sont toujours des êtres aimés de Dieu.

Jamais homme n’a respecté les hommes comme cet homme.
Il est unique. Il est le Fils unique, de Celui
qui fait briller le soleil sur les bons et sur les méchants.

Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de nous, pécheurs !

Albert Decourtray


Jésus et la Samaritaine (1150-1200)
Église St-Martin, Zillis