Savoir attendre


Pour la centième fois, Seigneur,
je viens te demander la grâce de la patience.
Mais là encore, il faudra que j’attende.
Je concevait que la patience,
comme tout le reste, vienne du jour au lendemain,
du moins dans ce monde idéal
que j’excelle à construire de toutes pièces,
ce monde à moi,
d’où les piétinements du temps seraient exclus.

Je voudrais retrouver un peu le sens de la nature
et le sens de ses rythmes.
Accepter que les moissons aient besoin de soleil.
Accepter que les hommes aient besoin de sommeil
et que les réponses aient besoin de réflexion et de repos.
Accepter qu’il faille neuf mois pour que naisse un enfant
et dix ou vingt ans pour écrire certains livres
que je voudrais déjà avoir fini d’écrire.
Accepter sans récriminer
les délais qu’impose la nature des choses.

Accepter finalement, Seigneur,
de vivre dans ta création,
et non point dans la mienne.

Seigneur,
donne-moi d’aimer
ce déroulement fastidieux et fécond
des jours et des saisons,
ce mûrissement interminable
des fruits et des paroles.
Donne-moi d’attendre
que vienne la patience.

Anonyme