Jésus notre frère

Devant d’autel de la Seu d’Urgell ou des Apôtres, XIIe s.
Christ en majesté trônant dans un 8 ou dans la louange de l’octave *
Musée d’Art Catalan, Barcelone

Je crois en Jésus notre frère.
Je l’ai entendu, dans la synagogue de Nazareth :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi pour que j’annonce :
aux pauvres, la Bonne Nouvelle,
aux captifs, la délivrance, aux aveugles, la vue,
aux opprimés, la libération,
à tous, une année de grâce de la part du Seigneur.
C’est aujourd’hui que cela s’accomplit pour vous ! »
Son langage est trop fort : le Royaume qui vient,
comment peut-il insinuer qu’il se réalise en lui ?
n’est-il pas l’un de nous, de Nazareth,
Fils de Joseph et de Marie ?

Je crois en Jésus, notre frère.
Je l’ai suivi pour essayer de comprendre
à quoi ressemble le Royaume.
Il touche le lépreux. Il accueille les pécheurs.
Il réintègre les démoniaques.
La femme de mauvaise vie lui embrasse les pieds.
Et même une étrangère, il l’exauce et il loue sa foi.
Il a aussi exaucé le centurion, cet occupant,
et il est descendu chez Zachée, cet exploiteur du peuple.
Partout où l’on exclut, partout où l’on méprise,
là on le trouve.
Il s’explique :
« Je ne suis pas venu pour les bien portants
mais pour les malades.
Chez mon Père, on ne veut pas que se perde
un seul de ces petits, qui sont mes frères. »

Je crois en Jésus, notre frère.
Je l’ai surpris dans ses nuits de prière
et je l’ai entendu parler de son Père :
le Royaume, c’est celui de son Père.
« Si longtemps que tu es avec moi et tu ne me connais pas ?
Qui m’accueille, accueille le Père qui m’a envoyé :
celui qui fait la volonté de mon Père,
celui-là est pour moi une mère, un frère, une sœur.
Vous direz donc : Notre Père qui es aux cieux. »

Je crois en Jésus, notre frère.
Quand on l’a mis au rang des malfaiteurs,
définitivement exclu par la peine de mort,
moi aussi j’étais là, à regarder de loin.
Qui pensait encore au Royaume ce jour-là ?
Lui, rayé de la liste des vivants :
« Non, pas ma volonté, mais la tienne.
Père, pardonne-leur, ils ne savent pas.
Pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Et un autre exclu qui y croyait encore,
seule parole de consolation :
« Jésus, quand tu viendras dans ton Royaume,
souviens-toi de moi. »

Je crois en Jésus, notre frère.
Il m’a ressuscité de ma honte et de ma peur,
quand il a envoyé Madeleine :
« Va trouver mes frères, et dis-leur :
Je monte vers mon Père et votre Père,
Vers mon Dieu et votre Dieu.« 
Il a soufflé sur nous son Esprit.
Alors j’ai commencé à comprendre
ce que disaient les Anciens :
« Après avoir parlé jadis par les prophètes,
il a parlé de nos jours par son Fils.
Dieu, nul ne l’a jamais vu,
le Fils unique qui est dans le sein du Père,
lui l’a fait connaître et nous a dévoilé son projet :
il nous avait prédestinés à reproduire l’image de son Fils,
afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères.
Le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe s’est fait frère. »

Je crois en Jésus, notre frère,
et je crois qu’il m’appelle à devenir, moi aussi, un frère.


* « L’homme pentagonal » doté de cinq sens rejoignant le trois qui est le chiffre de Dieu.