Les sacrements du service de la communion : le mariage

Hugo de Sancto Victore
Le mariage (~1140)
Bibliothèque Mazarine, Paris

Les chrétiens des premières générations ont vécu leur mariage à la lumière de l’enseignement de Jésus et des Apôtres. Pour sa célébration, ils se sont conformés aux usages de leurs pays respectifs, veillant seulement à en écarter les pratiques explicitement païennes, mais ils savaient qu’ils se mariaient dans le Christ, et leur foi transfigurait tout : « Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. » (Lettre à Diogène, IIe siècle) Des dessins sur fonds de coupes représentent le Christ entre les deux époux, présidant à la jonction de leurs mains ou déposant une couronne sur la tête de chacun, tandis qu’une inscription formule des vœux de bonheur dans une prière. On trouve des représentations païennes de même type dans lesquelles c’est Junon qui couronne les époux. Les chrétiens se veulent fidèles à l’indissolubilité et à la fécondité du mariage. L’adultère est considéré parmi eux comme l’une des fautes les plus graves. Les époux tiennent à faire de leur maison une petite Église, où ils aiment prier ensemble.

Tertullien De bonne heure, on voit certains chrétiens fervents demander au prêtre d’accomplir l’un des rites propres du mariage. En Orient, il couronnera les époux, à Rome il posera le voile sur la tête de l’épouse. Ce dernier rite devait s’insérer dans la célébration de l’eucharistie, entre le Pater et la communion des époux. Une ample prière de bénédiction nuptiale l’accompagnait. Le XIe siècle marque un tournant dans les modalités de célébration du mariage. L’Église exigea désormais de recevoir elle-même l’engagement mutuel des époux, pour s’assurer qu’aucun empêchement ne s’opposait à leur libre décision de s’unir. C’est alors que naquirent les multiples formulations de cet engagement, dont le dialogue actuel des époux est l’héritier, ainsi que les prières de bénédiction et de remise des anneaux. L’engagement était pris devant la porte de l’Église paroissiale, avant que les époux y entrent pour participer à la messe et recevoir la bénédiction nuptiale. L’intervention de l’autorité ecclésiastique dans la célébration du mariage s’imposa d’autant plus facilement qu’à partir du XIIe siècle on commença à compter le mariage parmi les sept sacrements. En 1563, le Concile de Trente a déclaré nul tout mariage qui ne serait pas contracté en présence du curé, ou d’un prêtre délégué et de deux témoins.

La célébration du mariage
La célébration du mariage est intimement liée aux usages sociaux qui accompagnent dans différents pays la fondation d’un foyer. C’est la raison pour laquelle la liturgie du mariage est d’une grande souplesse et offre un choix assez large de formulaires pour adapter autant que possible la prière qui entoure les époux à leur situation spirituelle, ainsi aux conditions de vie et au degré de foi de l’assemblée. En certaines régions, l’adaptation appelle l’intégration des coutumes locales compatibles avec la foi chrétienne. L’essentiel est que la célébration exprime avec clarté la nature du sacrement du mariage : il est la consécration de l’amour humain; il est le signe de l’ amour de Dieu pour son peuple et du Christ pour l’Église; il est la présentation au Seigneur d’un homme et d’une femme, qui se donnent pour toujours l’un à l’autre, d’un nouveau foyer qui veut trouver sa cohésion en s’ouvrant aux appels, de Dieu et des hommes.

La préparation
L’accueil et le cheminement
L’Église demande aux fiancés de prendre contact avec la paroisse où ils se marieront, au moins trois mois avant la date de la célébration du mariage pour avoir le temps de se préparer avant d’être accaparé par les soucis des derniers préparatifs. Il convient, en effet, qu’un prêtre ou un diacre les accueille et les aide à découvrir la signification de l’amour et les obligations du mariage pour un couple chrétien. Cette prise de contact aidera souvent à faire le point sur la maturité de leur foi ou leurs difficultés à croire. Le prêtre pourra dès lors se ménager plusieurs rencontres avec eux ou les mettre en relation avec un groupe d’autres fiancés et de foyers acceptant d’apporter le témoignage de vie et de cheminer avec eux dans leur réflexion. Le recours aux textes bibliques de la liturgie du mariage permettra de projeter sur cette réflexion, qui surgit de la vie, la lumière de la parole de Dieu C’est dès ce stade de la préparation que d’ordinaire les fiancés décideront si la célébration de leur mariage doit comporter l’eucharistie. Chaque fois que les époux et ceux : qui les entourent sont désireux d’y participer, il convient que l’eucharistie couronne la liturgie du mariage, car il y a un rapport étroit entre les deux sacrements : le mariage est le don réciproque d’une foi humaine, l’eucharistie est le sacrement de la foi. Le mariage est une alliance, l’eucharistie est le mystère de la Nouvelle Alliance dans le sang du Christ, qui a voulu aller jusqu’au du don de lui-même. Le mariage est vie commune, l’eucharistie est partage en commun de ta table du Seigneur. Mais, parce que l’eucharistie est tout cela, seuls peuvent y prendre part ceux qui croient à la présence du Christ sous le signe du pain et du vin. On omettra donc sa célébration si aucun des époux ne juge pouvoir y communier ou ne souhaite le faire.

L’élaboration de la célébration
La liturgie du mariage comporte un certain nombre de lectures, de formules dialoguées et de prières parmi lesquelles on a le choix entre différents textes. Il est indispensable de les mettre entre les mains des fiancés assez tôt et de retenir ceux qui leur conviennent le mieux. Une catéchèse du prêtre ou du foyer responsable leur sera souvent fort utile pour faire leur choix. Il convient, par exemple, que l’une des lectures bibliques ait explicitement trait au mariage. De même convient-il que les chants soient choisis à la fois pour leur valeur musicale et leur contenu doctrinal.

Pierre Jounel (1914-2004), La célébration des sacrements

Pierre Jounel, professeur de liturgie à l’Institut catholique de Paris, fut l’un des principaux rédacteurs du Missel de Paul VI, du Calendrier romain, du Lectionnaire et du Rite de la réconciliation.