Les sacrements de l’initiation chrétienne : l’eucharistie

Eucharistie
Missel festif à l’usage d’Amiens (avant 1297)
BM Amiens

« La célébration de la messe est au cœur de la vie de l’Église. C’est elle qui construit l’Église, en la nourrissant du corps du Christ, jour après jour, jusqu’à ce qu’Il vienne. Elle est pour l’Église le signe de l’unité et le lien de la charité. » (Augustin) Elle en constitue aussi l’épiphanie, la manifestation. Celle-ci atteint sa plénitude dans l’eucharistie concélébrée par l’évêque avec les prêtres. Regarder le peuple des baptisés rassemblé autour du prêtre dans la diversité de ses ministères pour écouter la Parole et participer à la table du Seigneur, c’est découvrir ce qu’est l’Église dans le plan de Dieu.

L’eucharistie dominicale
L’assemblée eucharistique du dimanche est la révélation par excellence du mystère de l’Église. Elle réunit les multiples composantes du peuple de Dieu au jour du Seigneur, Jour du Christ établi Seigneur par sa résurrection d’entre les morts, le dimanche est le jour des chrétiens, le jour de l’Église. C’est dans l’eucharistie dominicale que les phases successives de la célébration du repas du Seigneur reçoivent tout leur déploiement. On trouvera exposé dans le Missel le déroulement de la liturgie de la messe. Il suffira d’en dégager ici l’armature.

Le rassemblement des chrétiens se réalise autour du prêtre. Celui-ci priera au nom du peuple auquel il appartient. Avec le peuple, il écoutera la lecture de la Parole, mais il présidera et il bénira au nom du Christ, il enseignera en son nom, le Christ renouvellera par le ministère du prêtre le changement du pain et du vin en son corps et en son sang.

La proclamation de la parole de Dieu a précédé très tôt la célébration de l’eucharistie. La table de la Parole prépare à la table du sacrement. La liturgie se conforme ainsi à l’enseignement de Jésus dans son discours de Capharnaüm, où il se présente comme le pain de la vie. Le Seigneur nous invite à manger ce pain dans la foi avant d’y communier dans le sacrement. Annoncée par le lecteur et le diacre, acclamée par le peuple, la Parole est expliquée à l’assemblée et insérée dans sa vie par l’homélie du prêtre. Tous peuvent alors proclamer leur foi et prier pour les besoins de l’Église et du monde.

Pour le repas du Seigneur le prêtre accède à l’autel. Que l’on a recouvert d’une nappe, entouré de lumières, paré de fleurs. car l’eucharistie est une fête. Des membres de l’assemblée apportent alors le pain et le vin, ainsi que l’eau, avec les offrandes destinées aux divers services de la communauté.

La prière eucharistique est à la fois action de grâce et invocation. C’est dans le formulaire IV que son mouvement se développe avec le plus de clarté. L’action de grâce monte d’abord vers Dieu le Père pour célébrer gratuitement sa gloire en union avec les anges. Le peuple s’y associe dans le chant du Sanctus. L’action de grâce continue dans l’évocation de la création de l’homme, de la chute et du salut apporté par le Christ, dont toute l’œuvre rédemptrice est évoquée, de son incarnation à la Pentecôte. Vient alors la demande d’envoi du Saint-Esprit, pour qu’il transforme le pain et le vin au corps et au sang du Seigneur. Le prêtre redit ensuite les paroles de Jésus lors du dernier repas, puis il présente le corps et le sang du Seigneur à l’adoration de l’assemblée, qui proclame le mystère de la foi. Le prêtre fait à son tour mémoire de la mort et de la résurrection du Christ et il offre le sacrifice à Dieu au nom de tous. Il invoque ensuite à nouveau la venue de l’Esprit, demandant cette fois qu’il réunisse en un seul corps ecclésial ceux qui vont communier au corps et au sang du Seigneur. Une prière d’intercession, évoquant tour à tour la portion pérégrinante de l’Église et celle qui est déjà entrée dans le monde invisible, précède la grande acclamation trinitaire : Par le Christ, avec lui et , en lui, que le peuple ratifie de son Amen.

Le chant du Notre Père, suivi du geste exprimant l’amitié fraternelle des membres de l’assemblée, prépare à la communion. Celle-ci comporte d’abord la fraction du pain, par laquelle le prêtre renouvelle le geste de Jésus, puis les fidèles se dirigent en procession vers l’autel pour communier, après le prêtre, au corps du Christ et, si possible, boire à la coupe de son sang. Le diacre aide le prêtre à donner la communion. En son absence, des laïcs, femmes ou hommes, peuvent le faire. Après une dernière prière, la bénédiction du prêtre accompagne le renvoi.

Eucharistie en semaine
Si les chrétiens se réunissent le dimanche pour célébrer l’eucharistie, celle-ci sanctifie également chacun des jours de la semaine, spécialement aux temps les plus marquants de l’année et aux fêtes des saints. Les fidèles s’y retrouvent en groupe plus restreint autour du prêtre, soit à l’Église, soit dans un lieu de proportion plus modeste. La liturgie de l’Eucharistie de semaine demande moins de ministres et moins de chant que celle du dimanche, mais la célébration se déploie selon la même ordonnance. parfois le prêtre se trouve seul pour offrir le saint sacrifice, mais il y accomplit toujours un acte du culte public, une liturgie, car il célèbre en la personne du Christ et au nom de toute l’Église.

Pierre Jounel (1914-2004), La célébration des sacrements

Pierre Jounel, professeur de liturgie à l’Institut catholique de Paris, fut l’un des principaux rédacteurs du Missel de Paul VI, du Calendrier romain, du Lectionnaire et du Rite de la réconciliation.


Eucharistie le samedi soir
« Satisfait au précepte de participation à la Messe, qui assiste à la Messe célébrée selon le rite catholique le jour de fête lui-même ou le soir du jour précédent. »
Droit Canon 1248, § 1

Il ne s’agit pas là d’une simple mesure juridique car, comme le rappelle Bruno Chenu : « Le jour liturgique du dimanche commence par les premières vêpres du dimanche, c’est-à-dire par la prière du soir de la veille, selon la tradition juive. »

« Pour les juifs, en effet, le sabbat commence à partir du vendredi soir au coucher du soleil jusqu’au lendemain à la même heure. »  (Pierre Grelot)

Cette manière de compter a été conservée par les chrétiens, comme le dit saint Augustin : « Le jour du Sabbat commençant avec la nuit qui le précédait, finit au soir de la nuit suivante qui touche au début du jour du Seigneur. Nous comptons maintenant les jours à partir des nuits, parce que nous nous efforçons d’aller, non de la lumière aux ténèbres, mais des ténèbres à la lumière. »

La nuit du samedi au dimanche appartient donc au dimanche. Aussi, l’eucharistie célébrée dans cette nuit n’est pas anticipée, elle est dominicale, elle se fait le dimanche même.

Les premiers chrétiens célébraient durant cette nuit pour rappeler que la messe trouve sa source dans la Cène du jeudi saint et la vigile pascale, comme le rapporte le liturgiste Pierre Jounel :
« A l’origine, le dimanche commençait avec la tombée de la nuit le samedi soir, conformément à la manière biblique d’apprécier le déroulement du jour : il y eut un soir, il y eut un matin. (Gn 1, 5) En milieu juif, la chute du jour, le samedi soir, marquait la reprise des occupations après le repos strict du sabbat. C’est pourquoi les premières assemblées chrétiennes se sont tenues au cours de la nuit qui ouvrait le dimanche, d’abord au début de cette nuit, en souvenir du repas du Seigneur qui fut un souper, puis aux dernières heures de la nuit, avant le lever du soleil. Nos messes dominicales du samedi soir renouent avec la tradition de l’Église des Apôtres. »