Les sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême

Gratien, Decretum
Le baptême, XIVe s.
BM Amiens

« L’initiation chrétienne s’accomplit par l’ensemble de trois sacrements : le baptême qui est le début de la vie nouvelle; la confirmation qui en est l’affermissement; et l’eucharistie qui nourrit le disciple avec le Corps et le Sang du Christ en vue de sa transformation en Lui. »
Catéchisme de l’Église catholique, no 1275

Le nom de baptême vient du geste qui le réalise : baptiser signifie plonger, immerger. La plongée dans l’eau représente l’ensevelissement du catéchumène, celui qui demande le baptême, dans la mort du Christ d’où il est relevé par la résurrection avec lui. Il est comme une nouvelle créature.
Les grands évènements de l’histoire de l’alliance de Dieu avec l’humanité, rappelés dans la vigile pascale (célébration de la nuit de Pâques), annoncent déjà le baptême : par exemple, le traversée de la mer rouge, véritable libération d’Israël de l’esclavage en Égypte. Par sa Pâque, sa mort et sa résurrection, le Christ a ouvert à tous les hommes les sources de la Vie.
Le baptême se donne en plongeant le catéchumène dans l’eau et en invoquant la Sainte Trinité : je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Histoire du baptême

« On ne naît pas chrétien, on le devient. »
Tertullien

Premier sacrement de l’initiation chrétienne, le baptême est un moment essentiel dans la vie de tout chrétien, grand ou petit.

Un mystère, trois sacrements
Évoquer l’histoire du baptême est impossible sans parler également de la confirmation et de l’eucharistie. Pourquoi ? Parce que parler d’initiation indique que l’initiative vient d’ailleurs que de nous-mêmes. Nous sommes toujours initié par un autre, par Dieu en quelque sorte. A quoi ? A une vie nouvelle centrée sur la résurrection du Christ, sur Pâques. On ne devient pas chrétien par le seul baptême, mais par l’entrée dans le Mystère pascal où Jésus ressuscité a donné sa vie, son Esprit, son eucharistie.

Au commencement
Dès les origines, saint Paul le dit dans ses lettres, tous les fidèles sont baptisés. Les premiers chrétiens ont conscience d’obéir à une consigne du Christ lui-même : Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ce sont les derniers mots de l’Évangile selon saint Mathieu. Dès le début, c’est l’eau qui est l’élément central de ce nouveau rite. Certes, on baptisait déjà au temps de Jésus. Et les rites d’eaux sacrées étaient fréquents. Mais il existe une spécificité chrétienne : on ne se baigne pas, on est baigné par un autre. Et on l’est au nom du Christ.

IIe-XIIe siècles : vers le baptême des enfants
Puisque le baptême faisait entrer dans une vie nouvelle lavée de tout péché, on attendait bien souvent la fin de sa vie pour le demander. Le plus célèbre exemple est celui de l’empereur romain Constantin. Mais, hors ces baptêmes in extremis, on demandait à être admis à la préparation au baptême. Cette préparation, le catéchuménat, se met en place à la fin du IVe siècle. Un fidèle chevronné se porte garant pour vous devant la communauté, et devient votre guide. On l’appelle du nom de sponsor, celui qui vous pousse; ou encore du nom de père pneumatique ou spirituel (de pneuma, souffle en grec). Il est l’ancêtre du parrain.
Baptisé, presque toujours lors de la nuit de Pâques, le fidèle est né de l’eau et de l’Esprit : il reçoit la grâce de l’Esprit saint. Cela est traduit par des gestes qui complètent le bain d’eau : onction d’huile ou imposition des mains.
C’est en Gaule, au Ve siècle, qu’apparaît le terme de confirmation pour le don de l’Esprit célébré dans la foulée du baptême. Avec la christianisation, la proportion des adultes et des enfants s’inverse progressivement. Le baptême reste collectif. La communion conclut la célébration. On continue à célébrer la confirmation si l’évêque est là.

XIIe siècle : protéger la vie des enfants
A partir du XIIe siècle, on baptise les bébés. Pourquoi ? La mortalité infantile était effrayante depuis longtemps. Or la maladie n’en était plus la seule cause : pauvreté, famines, guerres. Des parents en venaient à supprimer leurs nouveau-nés. Les évêques s’émeuvent. Les synodes réagissent et prescrivent le baptême. La conscience morale collective évolue, en parallèle la théologie aussi. Dès que possible (quam primum), on veut faire bénéficier ces enfants, qu’on entend protéger, de la grâce du sacrement.
Les prêtres enseignent à tout chrétien comment baptiser en urgence. On développe pour la même raison le baptême par infusion contre le baptême par immersion. Autrement dit, on ne baigne plus, on verse de l’eau sur le front.

Les fruits du baptême
Sans eau, rien ne vit, rien ne grandit. L’enfant aura besoin d’eau pour grandir, mais il aura aussi et surtout besoin de beaucoup d’amour.
Plonger, c’est accepter de se donner tout entier à Dieu, comme Dieu s’est donné tout entier à l’humanité, en Jésus.
Le baptême fait entrer dans le mystère de Pâques, mystère de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. C’est en lui que le baptisé, dans l’eau et dans l’Esprit est immergé pour renaître à la vie nouvelle. Le baptême est une célébration ecclésiale qui nous fait entrer dans la communauté chrétienne, dans l’Église. Cette célébration a une signification spirituelle et évangélique d’une grande richesse.

· Le baptême nous unit au Christ.
· Il nous fait participer à sa mort et à sa résurrection.
· Il nous donne l’Esprit Saint qui apporte l’amour dans nos cœurs.
· Il nous rend pleinement enfant de Dieu et nous fait ainsi entrer dans la famille de Dieu qui est Père, Fils et Esprit.

Pierre Jounel (1914-2004), La célébration des sacrements

Pierre Jounel, professeur de liturgie à l’Institut catholique de Paris, fut l’un des principaux rédacteurs du Missel de Paul VI, du Calendrier romain, du Lectionnaire et du Rite de la réconciliation.