Saint Au­gus­tin. Le pauvre, ton égal

Vit­tore Car­pac­cio (~1460 - ~1525)
Vi­sion de Saint Au­gus­tin, dé­tail (1502)
Cha­pelle San Gior­gio de­gli Schia­vo­ni, Venise 


Tu donnes du pain à qui a faim : mais mieux vau­drait que nul n’ait faim et que tu n’aies per­sonne à qui donner !

Tu vêts qui est nu : plût au ciel que tous fussent vê­tus et que cette né­ces­si­té ne se fasse pas sentir !

Tu apaises des dif­fé­rends : plaise au ciel qu’un jour règne cette paix de l’éternelle Jé­ru­sa­lem, où nul n’est en désaccord !

Tous ces ser­vices, en ef­fet, ré­pondent à des nécessités…

Les œuvres de mi­sé­ri­corde ces­se­ront, est-ce à dire que l’ardeur de la cha­ri­té s’éteindra ? Plus au­then­tique est l’amour que tu portes à un homme heu­reux, qui n’a que faire de tes dons, plus pur se­ra cet amour, et bien plus sincère.

Car, en ren­dant ser­vice à un mal­heu­reux, peut-être dé­sires-tu t’élever en face de lui, et veux-tu qu’il soit ton obli­gé, lui qui est à l’origine de ton bien­fait. Il était dans le be­soin, tu lui as don­né une part de ton bien : parce que toi tu donnes, tu sembles su­pé­rieur à ce­lui à qui tu donnes. Sou­haite qu’il soit ton égal.

Saint Au­gus­tin (354 - 430), Sur la 1ère Épître de saint Jean, VII, 5
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