Benoît XVI. L’huile de l’onction

Onction de David par Samuel en présence de Jessé
Bible (~1200)
BM Avranches

Les Pères de l’Église étaient séduits par une parole du Psaume 44 (45) – selon la tradition le Psaume nuptial de Salomon -, qui était relu par les chrétiens comme le Psaume pour les noces du nouveau Salomon, Jésus Christ, avec son Église. Il y est dit au Roi, le Christ : « Tu aimes la justice, tu réprouves le mal. C’est pourquoi, Dieu, ton Dieu t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse, comme à nul de tes rivaux. » (v. 8) Qu’est-ce que cette huile d’allégresse avec laquelle a été oint le vrai Roi, le Christ ? Les Pères n’avaient aucun doute à ce sujet : l’huile d’allégresse est le même Esprit Saint, qui a été répandu sur Jésus Christ. L’Esprit Saint est l’allégresse qui vient de Dieu. De Jésus, cette allégresse se reverse sur nous dans son Évangile, dans la bonne nouvelle que Dieu nous connaît, qu’Il est bon et que sa bonté est un pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs; que nous sommes voulus et aimés par Lui. La joie est fruit de l’amour. L’huile d’allégresse, qui a été répandue sur le Christ et de Lui, jusqu’à nous, c’est l’Esprit Saint, le don de l’Amour qui nous rend heureux de l’existence. Puisque nous connaissons le Christ et dans le Christ, le vrai Dieu, nous savons que c’est une bonne chose que d’être un homme. C’est une bonne chose de vivre, parce que nous sommes aimés. Parce que la vérité elle-même est bonne.

Dans l’Église antique, l’huile consacrée a été considérée, d’une manière particulière, comme signe de la présence de l’Esprit Saint qui, à partir du Christ, se communique à nous. Il est l’huile d’allégresse. Cette allégresse est une chose différente du divertissement ou de la gaieté extérieure que la société moderne désire. Le divertissement, à sa juste place, est certainement une chose bonne et agréable. C’est bien de pouvoir rire. Mais le divertissement n’est pas tout. Il est seulement une petite partie de notre vie, et là où il veut être le tout, il devient un masque derrière lequel se cache le désespoir ou du moins le doute de savoir si la vie est vraiment bonne, ou s’il ne serait peut-être pas mieux ne pas exister que d’exister. Mais la joie qui nous vient du Christ est différente. Elle nous donne l’allégresse, oui, mais elle peut certainement cohabiter avec la souffrance. Elle nous donne la capacité de souffrir et, dans la souffrance, de rester cependant profondément joyeux. Elle nous donne la capacité de partager la souffrance de l’autre et de rendre ainsi perceptible, dans la disponibilité réciproque, la lumière et la bonté de Dieu. Le récit des Actes des Apôtres selon lequel les Apôtres, après que le Sanhédrin les ait faits flageller, étaient « joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus » (Ac 5, 41) me fait toujours réfléchir. Celui qui aime est prêt à souffrir pour la personne aimée et à cause de son amour et il fait ainsi l’expérience d’une joie plus profonde. La joie des martyrs était plus forte que les tourments qui leur étaient infligés. Cette joie, à la fin, a vaincu et a ouvert au Christ les portes de l’histoire. Comme prêtres, nous sommes – comme le dit saint Paul – « collaborateurs de votre joie » (2 Cor 1, 24). Dans le fruit de l’olivier, dans l’huile consacrée, la bonté du Créateur et l’amour du Rédempteur nous touchent. Prions pour que sa joie nous envahisse toujours plus en profondeur et prions pour être capables de la porter encore à un monde qui a si urgemment besoin de la joie qui jaillit de la vérité.

Benoît XVI, Messe chrismale, Jeudi Saint, 1er avril 2010
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