Benoît XVI. La façon juste de servir


A Jérusalem, au cours de sa dernière semaine de vie, Jésus lui-même a parlé dans deux paraboles de ces serviteurs auxquels le Seigneur confie ses biens dans le temps du monde, et il a relevé trois caractéristiques qui distinguent la façon juste de servir.

La première caractéristique que le Seigneur demande au serviteur est la fidélité. Il lui a été confié un grand bien, qui ne lui appartient pas. L’Église n’est pas notre Église, mais son Église, l’Église de Dieu. Le serviteur doit rendre compte de la façon dont il a géré le bien qui lui a été confié. Ne lions pas les hommes à nous; ne recherchons pas le pouvoir, le prestige, l’estime pour nous-mêmes. Conduisons les hommes vers Jésus Christ, et ainsi, vers le Dieu vivant. A travers cela, nous les introduisons dans la vérité et la liberté, qui découle de la vérité. La fidélité est altruisme, et précisément ainsi, elle est libératrice pour le ministre lui-même et pour tous ceux qui lui sont confiés. En grec, le mot qui indique la « fidélité » coïncide avec celui qui indique la « foi ». La fidélité du serviteur de Jésus Christ consiste précisément également dans le fait qu’il ne cherche pas à adapter la foi aux modes du temps. Seul le Christ possède les paroles de vie éternelle, et nous devons apporter ces paroles aux personnes. Elles sont le bien le plus précieux qui nous a été confié. Une telle fidélité n’a rien de stérile, ni de statique; elle est créative. Le maître réprimande le serviteur, qui avait caché sous terre le bien qui lui avait été confié pour éviter tout risque. La fidélité est inspirée par l’amour et par son dynamisme. La foi exige d’être transmise pour ce monde et pour notre temps. Nous devons la situer dans ce monde, afin qu’elle devienne en lui une force vivante; pour faire croître en lui la présence de Dieu.

La deuxième caractéristique, que Jésus demande à son serviteur, est la prudence. la première des vertus cardinales; elle indique le primat de la vérité, qui à travers la «prudence» devient le critère de notre action. La prudence exige la raison humble, disciplinée et vigilante, qui ne se laisse pas éblouir par des préjugés; elle ne juge pas selon les désirs et les passions, mais elle recherche la vérité. La prudence signifie se mettre à la recherche de la vérité et agir d’une manière qui lui soit conforme. Le serviteur prudent est tout d’abord un homme de vérité et un homme à la raison sincère. Dieu, au moyen de Jésus Christ, nous a ouvert la fenêtre de la vérité qui, face à nos seules forces, reste souvent étroite et seulement en partie transparente. Il nous indique dans l’Écriture Sainte et dans la foi de l’Église la vérité essentielle sur l’homme, qui imprime la juste direction à notre action. Ainsi, la première vertu cardinale du prêtre ministre de Jésus Christ consiste à se laisser façonner par la vérité que le Christ nous montre. De cette manière, nous devenons des hommes vraiment raisonnables, qui jugent à partir de l’ensemble et non à partir de détails au hasard. Ne nous laissons pas guider par la petite fenêtre de notre astuce personnelle, mais par la grande fenêtre, que le Christ nous a ouverte sur la vérité tout entière, regardons le monde et les hommes et reconnaissons ainsi ce qui compte vraiment dans la vie.

La troisième caractéristique dont Jésus parle dans les paraboles du serviteur est la bonté. Ce que l’on entend par la caractéristique de la « bonté » peut nous devenir clair, si nous pensons à la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche. Cet homme s’était adressé à Jésus en l’appelant : « Bon Maître » et il reçut une réponse surprenante : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? » Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Seul Dieu est bon au sens plénier. Il est le Bien, le Bon par excellence, la Bonté en personne. Chez une créature, être bon se fonde donc nécessairement sur une profonde orientation intérieure vers Dieu. La bonté s’accroît avec l’union intérieure au Dieu vivant. La bonté présuppose surtout une communion vivante avec Dieu, une union intérieure croissante avec Lui. Et de fait : de qui d’autre pourrait-on apprendre la véritable bonté sinon de Celui qui nous a aimés jusqu’à la fin, jusqu’au bout ? Nous devenons des serviteurs bons à travers notre rapport vivant avec Jésus Christ. C’est seulement si notre vie se déroule dans le dialogue avec Lui, seulement si son être, ses caractéristiques pénètrent en nous et nous façonnent, que nous pouvons devenir des serviteurs vraiment bons.

Homélie, samedi 12 septembre 2009
> Biographie