Philippe Chèvre. Sexualité et rite de purification

Dieu mesure le monde
Bible moralisée, Paris (~1250)
Österreichische Nationalbibliothek, Wien

Les notions bibliques de « pureté » et d’ « impureté » n’ont pas en soi de signification morale. Nous ne devons donc pas confondre la pureté avec un certain état de grâce et l’impureté avec le péché. Ce sont essentiellement des notions rituelles qui indiquent un état d’aptitude ou d’inaptitude à participer au culte et à la vie de la communauté. La distinction entre le pur et l’impur s’appuie sur deux critères.

1. Le mystère de la vie
Un premier critère de distinction s’appuie sur le caractère mystérieux de certaines réalités, en particulier les forces vitales, qui échappent au contrôle de l’être humain. Il s’agit notamment de la sexualité 1 , de la maladie et de la mort.

2. Le culte rendu à Dieu
Le culte rendu à Dieu constitue un second critère de distinction entre le pur et l’impur. Le culte rendu aux faux dieux est une impureté. Les prophètes en parlent symboliquement comme d’une prostitution. L’idolâtrie rend inapte à adorer Dieu qui a libéré son peuple et fait alliance avec lui.

Dans le langage liturgique
Après avoir célébré l’Eucharistie, le prêtre « purifie » le calice, non parce qu’il a contenu quelque chose de sale, bien au contraire. Il a contenu une réalité tellement précieuse que pour retrouver une place banale – son rangement à la sacristie – le calice doit être purifié du sacré qu’il a contenu.

De même la femme qui a conçu un enfant doit être purifiée non parce qu’elle aurait accompli quelque chose de mal, bien au contraire, mais parce qu’elle a été tellement proche de l’acte créateur de Dieu, que pour retrouver le rythme habituel des règles et de la vie sexuelle, elle doit être purifiée.

Contrairement à l’occident qui parle de purification lorsqu’il s’agit de souillure, dans le judaïsme, on peut aussi être souillé par le contact avec la grandeur incommensurable du sacré.

Philippe Chèvre (*1951)
> Biographie


Note

Lv 12, 1-8
1 Le Seigneur parla à Moïse et dit : 2 « Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras : Si une femme est enceinte et accouche d’un garçon, elle sera impure pendant sept jours, de la même impureté qu’au moment de ses règles.3 Le huitième jour, on circoncira le prépuce de l’enfant, 4 et pendant trente-trois jours encore, elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera rien de consacré et n’entrera pas dans le sanctuaire jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification.

5 Si elle accouche d’une fille, elle sera impure de la même impureté pendant deux semaines, et elle restera, en outre, soixante-six jours à purifier son sang. 6 Quand sera achevée la période de sa purification, que ce soit pour un garçon ou pour une fille, elle amènera au prêtre, à l’entrée de la tente de la Rencontre, un agneau de l’année pour un holocauste, un jeune pigeon ou une tourterelle, en sacrifice pour la faute. 7 Le prêtre les présentera devant le Seigneur, et accomplira sur la femme le rite d’expiation; ainsi, elle sera purifiée de son flux de sang. Telle est la loi concernant la femme qui accouche d’un garçon ou d’une fille.

8 Si elle ne trouve pas une somme suffisante pour une tête de petit bétail, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le sacrifice pour la faute. Le prêtre accomplira sur la femme le rite d’expiation, et elle sera purifiée. »