Philippe Chèvre. L’infaillibilité du pape


Infaillibilité : l’une des notions les plus embrouillées dans l’opinion publique
Réponse à un frère luthérien qui proclame sa foi en l’infaillibilité de la Parole de Dieu

Tout d’abord, ne faut-il pas récuser l’adjectif infaillible au sujet de tout individu ou de tout écrit ? Dieu seul, dans sa grandeur inaccessible, est infaillible.

Infaillible (qui ne peut [se] tromper, selon le Petit Robert) : un adjectif attribué au pape, entre autre, depuis le Concile Vatican I (1870) et qu’il faut bien comprendre.

Au titre de la primauté qu’il exerce dans l’église (881-882*), l’évêque de Rome, successeur de Pierre, jouit personnellement de l’indéfectibilité dans l’exercice de son magistère (891*) en lien avec l’ensemble des évêques.

Cette infaillibilité du pape ne doit être comprise ni comme le privilège d’être assuré contre la tentation et le péché, ni comme le gage d’une supériorité surhumaine, ni moins encore comme un droit à tout dire et à décider de tout.

Son infaillibilité, le pape l’exerce dans des conditions précises. L’objet se limite au champ de la foi et des mœurs (891,2035*).

Il y faut le respect des formes : il s’agit d’une déclaration solennelle et publique, destinée à l’Église toute entière (ibid.), ce que l’on désigne par l’expression ex cathedra. C’est dire que l’exercice de l’infaillibilité pontificale est peu fréquent. Depuis la définition du Concile Vatican I qui l’a promulguée, le pape n’en a usé que pour l’Assomption de la Vierge le 1er novembre 1950. Une réalité très simple : l’affirmation que Marie, ayant eu sur cette terre avec Jésus, chair de sa chair, une relation toute spéciale – celle d’une mère à son fils – a dans le ciel, c’est-à-dire hors de l’espace et donc du temps, une « place » d’une « qualité » toute particulière.

Le pape ne peut pas être seul à proclamer une définition dogmatique. Les évêques rassemblés en concile œcuménique – c’est-à-dire réunis comme représentants de l’église universelle – ont aussi autorité infaillible pour définir une vérité de la foi (891*). Mais ils ne peuvent le faire qu’en union et avec l’assentiment du pape. Ce fut le cas au concile Vatican I qui justement a proclamé l’infaillibilité personnelle de l’évêque de Rome, en lien avec l’ensemble des évêques.

Philippe Chèvre (*1951), Infaillibilité : l’une des notions les plus embrouillées dans l’opinion publique
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* Catéchisme de L’Église catholique, Guide de lecture, Paris 1998