Olivier Clément. Christ est ressuscité


La seule nouvelle qui soit vraiment une bonne nouvelle pour l’homme, c’est le message des Apôtres transmis par l’Église : « Christ est ressuscité! »

Il est ressuscité et il nous ressuscite. Il est vivant au-delà de la mort, et tout en lui est déjà secrètement vivant. C’est notre existence entière, et tout l’univers, qu’il porte vers le Père, et nous pouvons enfin tenter d’aimer, tenter de vivre; la vraie mort n’est plus devant nous, mais derrière nous.

Certes la mort biologique subsiste. Dieu ne s’impose pas. Il nous rejoint dans notre plus grande détresse, mais nous devons l’appeler, serait-ce par notre désespoir et notre révolte. Il nous offre la vie, sa vie même, dans les mystères de l’Église, mais il l’offre à notre désir, à notre foi : « Que l’homme assoiffé reçoive l’eau de la vie gratuitement. » C’est cela l’Église, cette présence voilée, mais inépuisablement féconde, présence voilée du Christ glorifié qui siège à la droite du Père, mais dont les stigmates ne sont pas effacés, qui ne nous laisse pas orphelins.

Le ciel ne s’est pas refermé, le Ressuscité ne cesse de venir jusqu’à nous, il rassemble son peuple dans l’Eucharistie, il en fait son corps, il lui communique sa force. Par le baptême, nous connaissons l’exode à travers la mort, à travers l’enfer, pour pressentir déjà la vie du Ressuscité, c’est-à-dire, dès ici-bas, la vie immortelle.

Certes nous portons ce trésor dans des vases d’argile, nous sommes toujours précaires et misérables, mais pour nous la mort, la mort quotidienne, a changé de sens. Notre détresse, si nous l’offrons au Christ, et parce qu’il l’a vécue tout entière, peut devenir le réceptacle de sa lumière. Quand tu tombes, si tu cries de toute ta confiance, tu ne tombes plus dans le néant, mais dans les bras de celui qui sur la croix les a ouverts à tous, à jamais.

C’est pourquoi nous sommes appelés à manifester cette présence, cette force, à les manifester modestement et fermement, dès aujourd’hui, pour préparer leur explosion glorieuse, définitive. « Quelles ne doivent pas être la sainteté de votre conduite et votre piété, tandis que vous attendez et hâtez la venue du Jour de Dieu », dit saint Pierre. Se sanctifier, c’est descendre dans l’humilité de l’amour jusqu’à ne plus rien avoir, jusqu’à ne plus être que cette pauvreté créatrice qui allume le silex des visages.

L’essentiel, pour témoigner de la Résurrection, c’est la gratuité de notre adoration et de notre joie, et la patience de notre service. L’homme, parce qu’il est créé à l’image de Dieu, ne peut en définitive ne se rassasier que de Dieu. Seuls les hommes « fous de Dieu » ont fait, par surcroît, œuvre durable dans l’histoire.

Olivier Clément (1921-2009), France Catholique


Biographie

Théologien laïc et historien, converti au Christ après une longue recherche dans l’athéisme et les spiritualités asiatiques, devenu l’un des témoins les plus estimés et les plus féconds de l’Orthodoxie en Occident. Agrégé d’histoire, a longtemps enseigné au lycée Louis-le-Grand à Paris. Professeur à l’Institut de théologie orthodoxe (Institut Saint-Serge). L’un des fondateurs de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale. Auteur d’une trentaine d’ouvrages consacrés à l’histoire, la pensée et la vie de l’Église orthodoxe, et à la rencontre de l’Orthodoxie, du christianisme occidental, des religions non chrétiennes et de la modernité. Responsable de la revue de théologie Contacts.