Jean Cas­sien. Per­fec­tion et secours de Dieu

Jean Cas­sien, sarco­phage, Ve s.
Crypte de l’ab­baye de Saint Vic­tor, Marseille 


Tous les anciens Pères ont pen­sé qu’on ne peut se puri­fier des vices gros­siers de nos sens, si on n’est pas bien convain­cu que tous nos efforts pour atteindre la per­fec­tion seront inutiles sans la misé­ri­corde et le secours de Dieu. Et il faut en être bien per­sua­dé, non par le témoi­gnage des autres, mais par sa propre expérience. 

Ce tré­sor de la per­fec­tion et de la pure­té ne sau­rait s’obtenir par des jeûnes, des veilles, des études dans la soli­tude du cloître, et celui qui croit pou­voir le méri­ter seul, en est par là même indigne. Tous les efforts de l’homme ne com­pensent pas la grâce de Dieu que sa bon­té infi­nie veut bien accor­der à nos désirs. 

Je ne dis pas cela pour décou­ra­ger les efforts de l’homme et l’arrêter dans ses géné­reuses inten­tions. Je ne fais que répé­ter ce qu’ont dit nos Pères. L’homme ne peut acqué­rir la per­fec­tion sans efforts ; mais sans la grâce de Dieu, ses efforts seraient inutiles. Oui, l’homme ne peut rien, sans le secours de Dieu, mais sa misé­ri­corde et sa grâce ne s’accordent qu’à ceux qui tra­vaillent avec ardeur ; et comme le dit l’Apôtre, à ceux qui veulent et qui courent. Notre Sei­gneur a dit lui-même qu’il était don­né à ceux qui deman­daient, qu’il était ouvert à ceux qui frap­paient, et que ceux qui cher­chaient, trou­ve­raient. Mais cette demande, cette recherche, ces ins­tances, seraient insuf­fi­santes, si la misé­ri­corde de Dieu ne don­nait pas ce que nous deman­dons, n’ouvrait pas quand nous frap­pons, et ne nous fai­sait pas trou­ver ce que nous cher­chons. Dieu est prêt à tout nous accor­der, dès qu’il voit le concours de notre bonne volon­té ; car il désire notre salut et notre per­fec­tion plus que nous-même. 

Si nous vou­lons sérieu­se­ment et effi­ca­ce­ment par­ve­nir à la véri­table per­fec­tion, nous devons suivre ces grands maîtres (saint Basile, saint Jérôme, les moines d’Égypte et de Pales­tine) qui ne s’endorment pas en de vains dis­cours, mais qui ont acquis la grande science de l’expérience, et peuvent par consé­quent nous bien mon­trer la voie la plus sûre pour l’atteindre. Tous nous assurent que c’est plu­tôt par la foi que par leurs efforts, qu’ils ont pu réussir.

Jean Cas­sien (~360-435), Ins­ti­tu­tions
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