Georges Convert. Des mages venus d’Orient

Pierre de Chelles (fin XIIIe – début XIVe s.)
Adoration des Mages
, XIVe s.
Clôture du chœur nord 2
Cathédrale Notre-Dame, Paris


Combien étaient-ils, ces mages venus d’Orient ? L’Évangile n’en dit rien. On les dit parfois deux comme sur une fresque du cimetière de St-Pierre à Rome; ou trois, sur un sarcophage du musée du Latran; ou quatre, au cimetière de Sainte-Domitille à Rome; ou même huit ou douze dans certaines traditions syriennes ou arméniennes. Mais le nombre de trois est le plus fréquent, peut-être à cause des trois sortes d’offrandes : l’encens, l’or et la myrrhe, ou parce qu’on en fait les représentants des trois races humaines.

Ce n’est qu’au VIIe siècle qu’apparaissent leurs noms : Melchior, Gaspar et Balthasar. On les dit rois mais cela semble sans fondement historique. Dans l’art chrétien, ils n’apparaissent jamais avec des attributs royaux mais ils sont vêtus comme des nobles persans. Sont-ils des Perses ou des Babyloniens ? Viennent-ils d’Égypte ou d’Arabie ? Ils peuvent être des prêtres, des magiciens, des astrologues.

« Mi-savants, mi-magiciens, les mages de l’Antiquité pratiquent la divination, la médecine, l’astrologie et interprètent les songes. … Il ne peut s’agir que de païens, la magie étant bannie d’Israël. » (Claude Tassin, L’Évangile de Matthieu) La plus sérieuse hypothèse est qu’ils venaient de Perse. Des auteurs latins rapportent qu’en l’an 66 des mages perses vinrent à Rome, afin d’honorer l’empereur Néron, suivant ainsi ce que leur disaient les astres.

Ces mages étaient peut-être des adeptes de la religion de Zarathustra. Autour du VIe siècle avant Jésus, ce prophète iranien enseigne l’existence de deux principes éternels Ahura Mazda, le Bien et Anra Mainyu, le Mal. Les deux forces luttent pour la domination du monde mais leur lutte finira par la victoire du bien, une victoire qui sera due à l’appui d’un Allié qui serait la « vérité incarnée » et qui devrait naître d’une vierge « qu’aucun homme n’aurait approchée ».

Cette figure de l’Allié a pu être influencée par les croyances bibliques lors de la captivité des Juifs à Babylone. Les mages auraient alors conjugué les figures de l’Allié et du Messie juif.

Rien n’indique que les mages soient des rois, comme diront des traditions tardives. Ce qui est important ici est qu’ils soient des étrangers, et que ces étrangers soient en recherche de la Vérité sur le monde et son histoire.

Si Jésus est adoré par des païens, n’est-ce pas là une préfiguration de ce qui adviendra de sa mission ? Souvent Jésus rappellera que des païens viendront prendre part au festin éternel du règne de Dieu. (Mt 8,10-11) En entendant [le centurion païen], Jésus fut plein d’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le déclare, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. Aussi, je vous le dis, beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux. »

De fait, aussitôt après Pâques, les peuples païens seront accueillis dans la communauté des disciples du Messie Jésus : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28,19-20)

Georges Convert (1936-2013), L’Épiphanie, Relais de Mont-Royal


Biographie
Né en 1936, Georges Convert est originaire de Paris où il est ordonné en 1960. Il devient prêtre-ouvrier et membre de la Mission Saint Pierre et Paul, dans la lignée de Jacques Loew. En 1972 au Québec il est de la fondation de la Communauté de partage et d’amitié. Ardent défenseur de la Parole de Jésus, il n’a eu de cesse de la faire connaître dans ses écrits jusque dans les derniers moments de sa vie.