Madeleine Delbrêl. Le Livre du Seigneur


L’Évangile est le livre de la vie du Seigneur. Il est fait pour devenir le livre de notre vie, pour être reçu en nous. Chacune de ses paroles est esprit et vie. Agiles et libres, elles n’attendent que l’avidité de notre âme pour fuser en elle. Vivantes, elles sont elles-mêmes comme le levain initial qui attaquera notre pâte et la fera fermenter d’un mode de vie nouveau.

Les paroles des livres humains se comprennent et se soupèsent. Les paroles de l’Évangile nous pétrissent, nous modifient, nous assimilent pour ainsi dire à elles. Si elles ne nous transforment pas, c’est que nous ne leur demandons pas de nous transformer. Mais, dans chaque phrase de Jésus, dans chacun de ses exemples demeure la vertu foudroyante qui guérissait, purifiait, ressuscitait. À la condition d’être, vis-à-vis de lui, comme le paralytique ou le centurion : d’agir immédiatement en pleine obéissance.

L’Évangile de Jésus a des passages presque totalement mystérieux. Nous ne savons pas comment les passer dans notre vie. Mais il en est d’autres qui sont impitoyablement limpides. Une fidélité candide à ce que nous comprenons nous conduira à comprendre ce qui reste mystérieux.

Si nous sommes appelés à simplifier ce qui nous semble compliqué, nous ne sommes, en revanche, jamais appelés à compliquer ce qui est simple. Quand Jésus nous dit : « Ne réclame pas ce que tu as emprunté », ou bien : « Oui, oui, non, non, tout le reste est du Malin », il ne nous est demandé que d’obéir. Ce ne sont pas les raisonnements qui nous y aideront. Ce qui nous aidera, ce sera de porter en nous la parole. Il s’établira entre elle et notre volonté comme un pacte de vie.

Quand nous tenons notre évangile dans nos mains, nous devrions penser qu’en lui habite le Verbe qui veut se faire chair en nous, s’emparer de nous.

Madeleine Delbrêl (1904-1964), La joie de croire


Biographie
Madeleine Delbrêl, née le 24 octobre 1904 à Mussidan en Dordogne et décédée le 13 octobre 1964, était une mystique chrétienne française, assistante sociale, essayiste et poétesse.

À l’âge de dix-sept ans, sa profession d’athéisme est radicale et profonde mais, en trois ans, suite à la rencontre d’un groupe d’amis chrétiens, elle prend en considération la possibilité de Dieu en aboutissant à la foi vers l’âge de vingt ans.

Assistante sociale très active, elle travaille dans la banlieue ouvrière, à Ivry-sur-Seine, où œuvre une municipalité communiste. Elle se confronte alors avec l’athéisme marxiste, n’hésitant pas, à contre-courant, à annoncer l’Évangile. En matière de travail social, elle rappelle la nécessité de développer des actions collectives en vue de faire évoluer les politiques sociales. Elle écrira en 1937 : « Il est peut-être plus touchant de visiter, dans sa journée, cinq ou dix familles nombreuses, de leur obtenir à grand renfort de démarche telle ou tel secours; il serait sans doute moins touchant mais plus utile, de préparer le chemin à tel texte légal qui améliorerait l’état familial toutes les familles nombreuses connues ou inconnues de nous. »

Ses écrits manifestent des talents poétiques et surtout une profonde vie mystique. Elle est pour certains l’une des personnalités spirituelles les plus importantes du XXe siècle.