Jean Daniélou. La présence de Dieu


Il y a trois formes de présence de Dieu : présence de Dieu dans l’univers, présence de Dieu dans le peuple juif, et ultime présence de la Trinité dans le Christ et dans ses membres : C’est en Lui que nous vivons, que nous nous mouvons, que nous sommes. La prière, alors, consiste à nous rendre présent à Celui qui nous est présent. Dieu nous est présent, mais nous sommes absents. Prier, c’est être attentif à sa présence. La présence est affaire d’attention plus que de proximité physique; c’est avant tout un acte spirituel. Pensons à l’absence des gens présents physiquement, en métro par exemple, et à la présence des absents que nous aimons, présence qui  déborde les frontières de la mort. Un vieux paysan cité par le curé d’Ars, disait lorsqu’il priait : « Il m’avise et je l’avise. » Et La Bruyère : « Être avec les gens qu’on aime, leur parler, ne leur parler point, mais avec eux tout est égal. » Quand deux êtres qui s’aiment sont présents l’un à l’autre, le seul fait de cette présence réciproque comble le cœur. Du moment que Dieu est là, mon cœur est comblé. Qu’ai je besoin d’autre chose ? C’est le silence de l’amour.

Pour descendre dans le sanctuaire de notre âme où Dieu demeure, il y a trois zones de prière. Il faut traverser la zone des distractions, assez facile à dépasser; puis, la zone où l’on se retrouve soi même avec ses bons sentiments ou ses remords; on s’arrête généralement là, car cette zone est très difficile à dépasser; enfin, le fond de nous-même, ou la Trinité demeure et où il faudrait nous exercer à descendre directement comme une pierre tombe au fond de la mer. C’est en cela que la prière demande une part d’exercice. C’est en priant que l’on découvre les obstacles et qu’on arrive à trouver les attitudes concrètes de la prière. La prière ne s’improvise pas. Une expérience suivie est nécessaire.

Jean Daniélou (1905-1974), Contemplation, croissance de l’Église
Biographie