François-Xavier Durrwell. Pâques, relations nouvelles

Anne-Marie Trechslin (1927-2007)
La Résurrection du Seigneur (2000)
Collection privée

Le jour de Pâques inaugure une connaissance nouvelle, des relations encore inconnues s’établissent avec le Christ. Le premier effet de la résurrection, constaté par le disciple Jean dans son propre cœur, fut la foi : « Il vit et il crut. » C’est au fait de la résurrection qu’il crut; mais cette connaissance nouvelle constitua un apport essentiel à sa foi ancienne : il crut.

« Ne me touche pas », dit Jésus à la Madeleine le matin de Pâques, « car je ne suis pas encore monté vers mon Père ». Parole mystérieuse que les exégètes, saint Augustin surtout, ont explorée avec une curiosité passionnée. En reconnaissant le Maître, la Madeleine s’est emparée des pieds de Jésus, mettant dans ce geste l’impétuosité de son amour. Jésus loua jadis le geste de la pécheresse et de Marie de Béthanie; maintenant il arrête ce témoignage d’amour. Le Christ n’est pas encore monté entièrement : il apparaît sous une forme si simplement humaine que Marie a pu se méprendre sur son identité. Cependant un changement essentiel est survenu et Jésus n’admet plus les contacts d’autrefois. L’intimité et la familiarité de l’amour sont remises au jour où Jésus ne se présentera plus sous une forme terrestre, où Marie ne pourra plus l’embrasser de ses bras, mais où elle saisira le Christ par l’étreinte de la foi. La mort et la résurrection ont posé dans le Christ le fondement de relations nouvelles. Quand il sera monté, que Madeleine le tienne embrassé !

Pour la première fois, dans saint Jean, Jésus nomme les disciples ses frères, fils de son Père. Il noue avec eux des liens intimes, ils entrent dans la famille du Père : « Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

À son retour, Jésus a les mains pleines de la paix promise. « Que la paix soit avec vous ! » répète-t-il, chaque fois qu’il aborde ses disciples. Le jour octave de la résurrection, Thomas, l’incrédule, émet une profession de foi si pleine et d’une spontanéité si franche qu’elle dépasse toute autre formule d’avant la mort du Christ. Jamais personne n’avait encore donné à Jésus le titre explicite de sa divinité. Mais comme pour la Madeleine, Jésus convie le disciple à des sentiments plus spirituels, à une foi qui se passe de l’expérience sensible : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ». Jean se révèle de nouveau comme le grand spirituel, lui qui pourtant affirme avec tant d’insistance la réalité corporelle de Jésus. Les fils de nos relations avec le Christ doivent se tendre bien au-dessus des sens.

La « venue » de l’incarnation n’est donc pas arrêtée par le retour de Jésus au Père, elle est complétée : « Je m’en vais et je viens à vous. » Désormais le Seigneur rayonne sa vie lumineuse et pénètre lui-même dans les âmes; l’incarnation s’étend sur les disciples : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

François-Xavier Durrwell (1912 – 2005), La résurrection de Jésus, mystère de salut
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