André Doze. Entrer dans le mystère de Joseph


On ne rentre dans le mystère de Joseph que par l’expérience. Joseph ne dit rien et apparemment, la Bible parle si peu de lui. Certains saints, comme Thérèse d’Avila, ont fait cette expérience. Elle avait la conviction que Joseph jouait un très grand rôle et, en fait, elle le voyait bien dans sa propre vie. Un de ses contemporains, le théologien François Suarez, avait bien compris que saint Joseph appartenait à l’ordre de l’Incarnation, comme la Vierge Marie, c’est-à-dire que parmi les autres saints, sa place était unique et son rôle bien plus grand qu’on ne le croit généralement. Ceux qui partagent cette conviction sans pouvoir la justifier, sont de plus en plus nombreux aujourd’hui.

Dès que quelqu’un a, une seule fois dans sa vie, arrêté son esprit sur les responsabilités tout à fait exceptionnelles de ce juif modeste, à l’occasion de l’Incarnation du Fils de Dieu, il ne peut plus rien voir comme avant. Malgré lui, il se sent poussé, attiré. Il pressent un mystère indéfinissable et, pour peu que le Seigneur l’aide un peu par quelque rencontre, par quelque texte intéressant, quelque expérience frappante, sa conviction se renforce. Il ne comprend pas, mais il vit une sorte d’expérience et il veut marcher de plus en plus sur les pas de Jésus qui a découvert la paternité humaine à travers cet homme ! Mieux que personne, Jésus savait que « toute paternité au ciel et sur la terre, vient du Père ». Quel étonnant mystère ! C’est l’Esprit de Jésus, l’Esprit du Père, ce secret de Dieu qui pousse à de telles recherches, qui soutient l’effort, qui le guide.

Celui qui commence à être introduit dans le mystère de Joseph comprend assez vite un point essentiel. Il entrevoit que Marie a un rôle des plus importants à jouer dans la découverte de Joseph. N’est-ce pas elle qui met directement Jésus sur le chemin nouveau quand elle lui dit : « Ton Père et moi, nous te cherchions ». Étonnante parole qui est l’objet de toute notre méditation, ou plus exactement, d’une sorte de trajet spirituel.

Il faut faire, en effet, un trajet sur les pas mêmes de Jésus : à la suite de ces mots de sa mère, il va accepter une descente déconcertante. Et j’ai la conviction profonde que le temps est venu où Marie dit à chacun de nous cette petite phrase que nous avons souvent lue ou entendue sans y prêter attention : « Ton Père et moi, nous te cherchions ». Que signifie-t-elle ? Jésus lui-même semble ne pas l’avoir acceptée du premier coup ! Puis toute sa personne va comme basculer à la suite de cette parole, d’un point haut et splendide vers un point bas et minable en apparence, où son Père l’attend, où son Père le veut, pendant tant d’années. Jésus a reconnu à l’âge de douze ans que son Père voulait qu’il demeure à l’ombre de Joseph, ce père que Marie lui désigne.

André Doze, Joseph, ombre du Père


André Doze est prêtre depuis 1954. Licencié en lettres et en théologie, il a été pendant vingt-cinq ans professeur et aumônier dans un collège de Pau. Après avoir enseigné la théologie pendant trois ans au séminaire de Bayonne, il a été appelé à Lourdes à partir de 1984. Grand animateur de retraites spirituelles, auteur de plusieurs ouvrages sur Saint Joseph, c’était aussi un grand spécialiste du message de Lourdes. Le Père Andé Doze a rejoint la maison du Père le 9 décembre 2010 à l’âge de 84 ans