Paul Evdokimov. Les deux sacerdoces


Le sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech est « sans père, sans mère, sans généalogie » (He 7, 3), ce qui signifie hors de tout choix ou délégation simplement humaine. Le pouvoir sacerdotal est insufflé par le Christ aux douze apôtres, et son origine est nettement divine : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et établis (Jn 15,16). L’axios [le correspondant] digne, et l’amen prononcés par le peuple lors de l’élection d’un évêque ou d’un prêtre est la condition humaine du charisme dont la source est souverainement divine.

La tradition est très ferme dans son affirmation : le sacerdoce universel des laïcs n’implique aucune opposition à la prêtrise fonctionnelle du clergé. Elle ne donne jamais dans la confusion tout en affirmant l’égalité de nature : par la « seconde naissance », le baptême, tous sont déjà prêtres, tous sont avant tout membres équivalents du peuple de Dieu, et c’est au sein de cette équivalence sacerdotale que se produit une différenciation fonctionnelle des charismes et des ministères.

Le sacrement de l’onction chrismale (confirmation en Occident) établit tous les baptisés dans la même et identique nature sacerdotale des hiereis [prêtres], attribut essentiel de toute « nouvelle créature » en Christ. Le Nouveau Testament emploie les termes évêque et presbytre pour désigner le ministère particulier du clergé et garde le terme d’hiereis [prêtres] pour le sacerdoce des fidèles. Ce mot grec désignait le sacerdoce juif. Le Christ l’a aboli en tant que caste distincte. Tous les baptisés sont devenus des hiereis, prêtres du sacerdoce royal et universel.

De ce peuple sacerdotal de Dieu, quelques-uns sont élus, retirés et établis… évêques et presbytres. Le pouvoir sacramental de célébrer les mystères et avant tout d’être témoin apostolique de l’Eucharistie, la tâche de garder le dépôt de foi et de promulguer les définitions doctrinales, le charisme aussi pastoral, appartiennent à l’épiscopat en vertu de l’apostolicité de l’Église.

Ainsi si l’évêque participe au sacerdoce du Christ par sa fonction sacrée, tout laïc le fait par son être même; il participe à l’unique sacerdoce du Christ par son être sanctifié, par sa nature sacerdotale. C’est en vue de cette dignité d’être prêtre dans sa nature même, que tout baptisé est scellé des dons, oint de l’Esprit-Saint dans son essence même… Tout laïc est prêtre de son existence même; il offre en sacrifice, en hostie vivante (Rm 12, 1), la totalité de son être, son témoignage peut aller jusqu’au sacrifice de sa vie (cf. Mt 10, 17-42)

Paul Evdokimov (1900-1970), Le sacerdoce conjugal dans Le mariage, Églises en dialogue
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