Charles de Foucauld. La seule volonté de Dieu


Lorsque nous désirons suivre Jésus, ne nous étonnons pas s’il ne nous le permet pas tout de suite, ou même s’il ne nous le permet jamais : et cela, tout légitime, tout conforme à ses propres conseils, tout agréable que soit à son Cœur, tout inspiré de lui que soit ce désir. En effet ses vues portent plus loin que les nôtres; il veut, non seulement notre bien, mais celui de tous: en le suivant pas à pas, nous ne procurerions peut-être que notre bien ou celui d’un petit nombre, tandis qu’en faisant sa volonté, nous procurons peut-être le bien d’un plus grand nombre.

Assurément, partager sa vie, avec et comme les apôtres, est un bien et une grâce, et on doit toujours tâcher de se rapprocher de cette imitation de sa vie. Mais ce n’est là qu’une grâce extérieure; Dieu peut, en nous comblant intérieurement de grâce, nous rendre bien plus saints sans cette parfaite imitation, qu’avec elle. Il peut, en augmentant en nous la foi, l’espérance et la charité, nous rendre bien plus parfaits dans le monde ou dans un ordre mitigé que nous le serions dans le désert ou dans un ordre austère et fervent. Ce qui n’empêche qu’il faut toujours tendre au désert plutôt qu’au monde, aux ordres fervents plutôt qu’aux mitigés.

La vraie perfection, d’ailleurs, c’est de faire la volonté de Dieu. Qui osera dire que la vie contemplative est plus parfaite que la vie active, ou inversement, puisque Jésus a mené l’une et l’autre ? Une seule chose est vraiment parfaite, c’est de faire la volonté de Dieu. Jésus a fait à tout instant le volonté de son Père. Il a mené la vie contemplative quand son Père l’a voulu, faisons de même.

Oui, la vraie, la seule perfection, ce n’est pas de mener tel ou tel genre de vie, c’est de faire la volonté de Dieu; c’est de mener le genre de vie que Dieu veut, là où il veut, et de le mener comme il l’aurait mené lui-même. Lorsqu’il nous laisse le choix à nous-mêmes, alors oui, cherchons à le suivre pas à pas le plus exactement possible, à partager sa vie telle qu’elle fut, comme le firent ses apôtres pendant sa vie et après sa mort : l’amour nous pousse à cette imitation. Si Dieu nous laisse ce choix, cette liberté, c’est précisément parce qu’il veut que nous tendions nos voiles au vent du pur amour et que, poussés par lui, nous courions à sa suite à l’odeur de ses parfums, dans une exacte imitation, comme saint Pierre et saint Paul.

Quand sa volonté nous voudra ailleurs, allons où il voudra, menons le genre de vie que sa volonté nous désignera, mais partout rapprochons-nous de lui de toutes nos forces et soyons dans tous les états, dans toutes les conditions, comme lui-même y aurait été, comme il s’y serait conduit, si la volonté de son Père l’y avait mis comme elle nous y met.

Là seulement est la perfection. La volonté de Dieu, cette volonté seule, être où Dieu nous veut, faire ce que Dieu veut de nous, et en tous les états où Dieu nous veut, penser, parler, agir comme Jésus aurait pensé, parlé, agi, si son Père l’avait mis en cet état.

Charles de Foucauld (1858-1916), Vocation, dans Œuvres spirituelles
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