Pierre Grelot. Les anges et les hommes

Le nom des anges n’est pas un nom de nature mais un nom de fonction; il signifie messager. Les anges sont « des esprits destinés à servir, envoyés en mission pour le bien de ceux qui doivent hériter du salut » (He I, 14).

Échappant à notre perception ordinaire, ils constituent un monde mystérieux. Jamais leur existence ne fait problème dans la Bible; mais en dehors de ce point, la doctrine qui les concerne présente un développement certain, et la façon dont on en parle et dont on les représente suppose un recours constant aux ressources du symbolisme religieux. […]

Les anges accomplissent auprès des hommes les tâches que l’AT leur attribuait déjà. Quand une communication surnaturelle parvient du ciel à la terre, ils en demeurent les mystérieux messagers Gabriel transmet la double Annonciation (Lc 1,19.26); une armée céleste intervient dans la nuit de la Nativité (Lc 2,9-14); des anges encore annoncent la Résurrection (Mt 28,5ss) et font connaître aux Apôtres le sens de l’Ascension (Ac 1,10s). Auxiliaires du Christ dans l’œuvre du salut (He 1,14), ils assurent la garde des hommes (Mt 18, 10; Ac 12,15), présentent à Dieu les prières des saints (Ap 5, 8; 8,3), conduisent l’âme des justes en paradis (Lc 16,22). Pour protéger l’Église, ils poursuivent autour de Michel, leur chef, le combat contre Satan qui dure depuis les origines (Ap 12,1-9).

Un lien intime rattache ainsi le monde terrestre au monde céleste; là-haut les anges célèbrent une perpétuelle liturgie (Ap 4,8-11) à laquelle s’unit ici-bas la liturgie de l’Église (cf. Gloria, Préface, Sanctus). Des présences surnaturelles nous entourent, que le voyant de l’Apocalypse concrétise dans le langage de convention consacré par l’usage. Cela exige de notre part une révérence (cf. Jos 5, 13-55; Dn 10,9; Tb 12,16) qui n’est pas à confondre avec l’adoration (Ap 22,8s). Il est donc nécessaire de proscrire un culte exagéré des anges qui nuirait à celui de Jésus-Christ (Col 2,18). Au-delà de ces affirmations explicites de la Bible, le critique peut se demander quel sens ont des représentations qui sont largement empruntées au monde païen ambiant et qui traduisent des éléments périphériques du message biblique. Le problème n’est pas facile à résoudre. Un point est sûr. Quelles que soient la nature et la structure de l’univers spirituel qui entoure Dieu et exécute ses desseins, c’est par soumission au Christ, maître du monde et Sauveur, qu’il est incorporé dans le plan divin de la création et de la rédemption. C’est par là qu’il entre dans le domaine de la foi chrétienne.

Pierre Grelot (1917-2009), Vocabulaire de Théologie Biblique


Biographie
Prêtre. Exégète. Professeur honoraire à l’Institut catholique de Paris, professeur d’araméen ancien à l’École des langues orientales anciennes (1952-1983) et d’Écriture sainte en Faculté puis UER de théologie (1962-1983). Membre de la Commission biblique pontificale.


Anges de Poissy, fin XIIIe s.
Ange tenant les instruments de la Passion
Musée de Cluny, Paris