Marie-Joseph Le Guillou. Par l’Esprit


C’est par l’Esprit Saint, énergie divine qui permet au chrétien d’échapper au double esclavage de la lettre et de la chair, et de demeurer attaché au Christ pour reproduire en lui son visage, que le Père révèle dans le cœur des hommes le visage incomparable de son Fils.

Comme le dit la deuxième épître aux Corinthiens, c’est grâce à l’Esprit que se produit la conformation progressive au Christ du chrétien qui contemple en lui, comme en un miroir, la gloire du Père. Grâce à cette conformation au Christ, cette gloire se reflète dans les chrétiens comme elle se reflétait en Moïse.

Esprit d’amour, il insuffle personnellement aux hommes la vie du Christ et leur communique en plénitude cette originalité absolument unique qui est déterminée par la rencontre avec Dieu. Il apprend à l’homme à se tenir dans la parole de Dieu, aussi bien dans celle qui est rendue publique par le ministère de l’Église que dans celle que chaque croyant s’efforce de déchiffrer dans sa propre vie : il découvre ainsi les vocations qui surgissent de l’éternelle et transcendante volonté de Dieu le Père. Il déploie ainsi la richesse infinie du Christ dans la diversité de l’histoire, pour la faire parvenir à son achèvement intérieur.

A travers tous les charismes, l’Esprit donne à l’Église de répondre à sa vocation dans l’aujourd’hui de Dieu, tout en la stabilisant dans le mystère du Fils. Il la fait surgir dans le monde comme un événement toujours nouveau. Il l’ouvre à tout le devenir du monde pour le sauver et il la tend vers l’eschatologie. Il est en elle comme une force permanente de rajeunissement et, la transformant de gloire en gloire en la vivante image du Fils, il la fait vivre toujours dans l’attente du Visage, lui faisant crier: «Viens!». En attendant, l’Église ne souhaite qu’une chose et ne travaille qu’à cette unique chose: Que les nations soient amenées le plus tôt possible à la connaissance de la vérité et que «la gloire de Dieu qui resplendit sur la face du Christ commence à luire» pour tous par le Saint-Esprit.

Gage et garant de la plénitude de la fin des temps, l’Esprit signifie au monde que toute notre vie, notre cœur, notre corps, notre histoire, notre univers seront totalement consacrés, transformés, accomplis, sanctifiés et transfigurés par l’Esprit Saint dans ce mystère de gloire, de communion, de liberté, de transcendance divine que sera la manifestation du Seigneur à la fin des temps.

Ainsi, le Christ est l’origine, le but, le terme de l’Église. L’Esprit, puissance de la Résurrection, en est la lumière transformante. Il atteste que toutes les richesses de l’Église lui viennent de son Seigneur et qu’elle n’a d’autre ambition que de servir humblement et fidèlement les desseins de Dieu envers ceux qu’il aime. Esprit d’unité et de catholicité dans la liberté, l’Esprit Saint saisit toujours davantage les membres du corps du Christ pour soulever le monde par la puissance de la Résurrection.

Marie-Joseph Le Guillou (1920-1990), Le visage du Ressuscité


Biographie
Marie-Joseph Le Guillou, dominicain, a été membre du centre d’études Istina, professeur à la faculté de théologie du Saulchoir de 1952 à 1967 et à l’Institut catholique de Paris de 1969 à 1982, où il a fondé l’Institut Supérieur d’Études Œcuméniques. Il a participé à la deuxième session du Concile Vatican II en 1963.