Jean Paul II. Voici ton Fils

Rogier van der Weyden (~1399-1464)
Vierge à l’Enfant (~1454)
Musée des beaux-arts, Houston

La maternité a pour caractéristique de se rapporter à la personne. Elle détermine toujours une relation absolument unique entre deux personnes, relation de la mère avec son enfant et de l’enfant avec sa mère. Même lorsqu’une femme est mère de nombreux enfants, son rapport personnel avec chacun d’eux caractérise la maternité dans son essence même. Chaque enfant est engendré d’une manière absolument unique, et cela vaut aussi bien pour la mère que pour l’enfant. Chaque enfant est entouré, d’une manière unique, de l’amour maternel sur lequel se fondent son éducation et sa maturité humaines.

On peut dire qu’il y a analogie entre la maternité dans l’ordre de la grâce et ce qui, dans l’ordre de la nature, caractérise l’union entre la mère et son enfant. Sous cet éclairage, on peut mieux comprendre le fait que, dans son testament sur le Golgotha, le Christ a exprimé au singulier la nouvelle maternité de Marie, en se référant à un seul homme : « Voici ton Fils. »

En outre, dans ces mêmes paroles, est pleinement indiqué le motif de la dimension mariale de la vie des disciples du Christ; non seulement de Jean qui se trouvait à cette heure sous la Croix avec la mère de son Maître, mais de tout disciple du Christ, de tout chrétien. Le Rédempteur confie sa Mère au disciple, et en même temps, il la lui donne comme mère. La maternité de Marie qui devient un héritage de l’homme, est un don que le Christ lui-même fait personnellement à chaque homme. Le Rédempteur confie Marie à Jean du fait qu’il confie Jean à Marie. Au pied de la croix commence cette particulière offrande de soi de la part de l’homme à la Mère du Christ, qui fut ensuite pratiquée et exprimée de diverses manières dans l’histoire de l’Église. Offrande de soi qui est réponse à l’amour d’une personne, et en particulier à l’amour de la mère.

La dimension mariale de la vie d’un disciple du Christ s’exprime précisément d’une manière spéciale par cette offrande filiale à la Mère de Dieu, commencée par le testament du Rédempteur sur le Golgotha. En se livrant filialement à Marie, le chrétien, comme l’Apôtre Jean, reçoit parmi ses biens personnels la Mère du Christ, et l’introduit dans tout l’espace de sa vie intérieure, c’est-à-dire dans son « moi » humain et chrétien : « Il l’accueillit chez lui. » Il cherche ainsi à entrer dans le rayonnement de l’amour maternel avec lequel la Mère du Rédempteur prend soin des frères de son Fils, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte sa coopération, à la mesure du don qui est propre à chacun, de par la puissance de l’Esprit du Christ. Ainsi également s’exerce la maternité selon l’Esprit qui est devenue le rôle de Marie au pied de la Croix et au Cénacle.

Non seulement ce rapport filial, cet abandon de soi d’un fils à sa mère trouve son commencement dans le Christ, mais on peut dire qu’en définitive, il est orienté vers lui. On peut dire que Marie redit continuellement à tous les hommes ce qu’elle disait à Cana de Galilée : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Marie est celle qui, la première, a cru, et c’est précisément avec cette foi d’épouse et de mère qu’elle veut agir sur tous ceux qui se confient à elle comme des fils. Et l’on sait que plus ces fils persévèrent dans cette attitude et y progressent, plus aussi Marie les rapproche de l’ « insondable richesse du Christ ».

Jean Paul II (pontificat: 1978-2005), Encyclique Mater Redemptoris
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