Jean Paul II. Seconde annonce faite à Marie

Maître du Psautier d’Ingeburge (Entre 1195-1214)
Présentation au Temple
Musée Condée, Chantilly


Marchant sur la route de l’obéissance de la foi, Marie entend encore d’autres paroles que celles qui lui ont été adressées par l’ange de l’Annonciation; ce sont celles que prononce Syméon à Jérusalem.

On était déjà au quarantième jour après la naissance de Jésus, lorsque, suivant la prescription de la Loi de Moise, Marie et Joseph « emmenèrent l’enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur ». La naissance avait eu lieu dans des conditions de pauvreté extrême. Luc nous apprend en effet que Marie se rendit à Bethléem avec Joseph, à l’occasion du recensement de la population ordonné par les autorités romaines; n’ayant pas trouvé de place à l’auberge, elle enfanta son Fils dans une étable et le coucha dans une crèche.

Et voici qu’un homme juste, craignant Dieu, du nom de Syméon, apparaît en ce commencement de l’itinéraire de la foi de Marie. Ses paroles, suggérées par l’Esprit Saint, confirment la vérité de l’Annonciation. En effet, nous lisons qu’il reçut dans ses bras l’enfant qui, selon la consigne de l’Ange, fut appelé du nom de Jésus. Le discours de Syméon est accordé au sens de ce nom qui veut dire Sauveur : « Dieu est le salut ».

S’adressant au Seigneur, Syméon s’exprime ainsi : « Maintenant mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël ». Au même moment, Syméon s’adresse aussi à Marie en disant : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être « un signe en butte à la contradiction, afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs », et il ajoute, s’adressant directement à Marie : « Et toi-même, un glaive te transpercera l’âme ! »

Les paroles de Syméon donnent une nouvelle lumière à l’annonce que Marie a entendue de l’Ange : Jésus est le Sauveur, il est « lumière » pour éclairer les hommes. N’est-ce pas cela qui a été manifesté, en quelque sorte, la nuit de Noël, quand les bergers sont venus à l’étable ? N’est-ce pas cela qui devait être manifesté davantage encore quand vinrent des Mages d’Orient ? Cependant, dès le début de sa vie, le Fils de Marie et sa Mère avec lui, éprouveront aussi en eux-mêmes la vérité des paroles de Syméon : « Un signe en butte à la contradiction. »

Ce que dit Syméon apparaît comme une seconde annonce faite à Marie, car il lui montre la dimension historique concrète dans laquelle son Fils accomplira sa mission : dans l’incompréhension et la souffrance. Si d’une part, une telle annonce confirme sa foi dans l’accomplissement des promesses divines du salut, d’autre part, elle lui révèle aussi qu’elle devra vivre l’obéissance de la foi dans la souffrance aux côtés du Sauveur souffrant, et que sa maternité sera obscure et douloureuse. Et de fait, après la visite des Mages, après leur hommage, après l’offrande des présents, Marie, avec l’Enfant, dut « fuir en Égypte » sous la protection attentive de Joseph, car « Hérode recherchait l’Enfant pour le faire périr ».

Jean Paul II (pontificat : 1978-2005), Encyclique Mater Redemptoris
> Biographie