Jacques Loew. La foi


La foi, voyez-vous, ce n’est pas une obscurité. Ce n’est pas Dieu qui met l’homme à genoux en lui disant : « Agenouille-toi devant moi comme un esclave devant son maître. » La foi, au contraire, c’est Dieu qui relaye notre intelligence, qui nous prend par la main, qui nous fait monter plus haut dans les espaces que nous n’aurions jamais pu atteindre par nous-mêmes. La foi, c’est Dieu qui vient nous parler à l’oreille, c’est Dieu qui vient nous dire qui Il est, c’est Dieu qui n’est plus simplement notre Créateur, mais qui devient le Père, et le Maître qui m’instruit.

Faire vivre sa foi, ce n’est pas fermer les yeux, mettre des barrières ou s’enfermer dans un tunnel. La foi, c’est agrandir notre vision du monde et des choses, au-delà, infiniment au-delà de ce que notre intelligence la plus haute, la plus lumineuse peut atteindre. La foi, c’est un sens nouveau que Dieu nous donne, le sens de l’invisible qui nous fait accepter un nouvel univers.

De même que nos yeux ne peuvent fixer la lumière du soleil parce qu’elle est trop forte, ni déceler les rayons infrarouges, de même le champ d’exploration de notre intelligence est limité, mais la foi bondit en dehors de ces limites. Elle découvre un nouvel horizon, des cieux nouveaux, une terre nouvelle. Par elle, je vais pouvoir pénétrer dans la pensée de Dieu, l’écouter, me fier à lui comme on se fie à un maître incontestable. Par la foi, j’entre dans le soleil de Dieu.

Au-delà de ce que les plus grands génies, parvenus au sommet de l’intelligence, peuvent m’expliquer, la foi la plus humble me découvre que Dieu, Père, a déposé en moi un souffle de vie que rien ne peut éteindre, que ce Dieu s’intéresse à moi, qu’il s’occupe de moi à chaque seconde, que je dorme ou que je veille. Et que cet amour de Dieu pour moi, rien au monde ne saurait le détruire. Je plonge ce nouveau regard de la foi dans un monde infiniment grand. Je plonge véritablement mon regard en Dieu même, et la pensée de Dieu devient ma propre pensée : je suis entraîné vraiment dans des espaces absolument nouveaux, des horizons infinis.

Alors, l’Amour peut intervenir, m’emporter jusqu’au plein cœur de Dieu. Entre Dieu et moi un dialogue s’ébauche, silencieux, mais indiciblement riche. L’homme entend Dieu non plus seulement comme son Créateur, non plus seulement comme son Père, mais comme l’Ami qui nous dit tout son mystère : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis, dit Jésus, car je vous ai dit tous mes secrets. »

Jacques Loew (1908-1999), Si vous saviez le don de Dieu
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