John Henry Newman. Marie, un modèle de foi

Walter William Ouless (1848–1933)
John Henry Newman, détail
Oriel College, University of Oxford

L’Écriture nous dit peu de chose de la bienheureuse Vierge Marie. Il est cependant une grâce dont les Évangélistes, en quelques mots très simples, nous montrent en elle le modèle : c’est la foi. Zacharie mit en doute le message de l’ange Gabriel; Marie, au contraire, acquiesça : « Voici la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole. » C’est pourquoi Élisabeth, voulant sans doute souligner le contraste entre l’attitude de son époux, le juste Zacharie, déjà hautement favorisé par Dieu, et Marie, à l’annonce d’une faveur plus marquée encore, dit à sa cousine qui venait la saluer : « Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Heureuse, toi qui as cru en l’accomplissement des paroles qui t’ont été dites de la part du Seigneur. »

Mais la foi de Marie ne s’est pas contentée d’acquiescer aux desseins et aux révélations de Dieu : elle les « méditait », comme dit le texte. Au moment de la nativité, les bergers lui dirent, à leur arrivée, qu’ils avaient vu des anges; l’un d’eux leur avait annoncé que l’enfant blotti dans les bras de Marie était « le Sauveur, le Christ Seigneur ». Alors que chacun s’étonnait, Marie, elle, « gardait toutes ces choses, les méditant dans son cœur ». Plus tard, lorsque son Fils, le Sauveur, eut douze ans et qu’il la quitta un moment pour le service de son Père, c’est avec surprise qu’elle le retrouva dans le Temple au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Marie s’étant tournée vers lui, il voulut bien justifier sa conduite. Alors, nous dit on à nouveau : « Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur. De même, aux noces de Cana, sa foi devança le premier miracle de Jésus, car elle dit aux serviteurs : Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »

Ainsi, la Vierge Marie est notre modèle dans la foi, tant pour accueillir que pour approfondir la divine Vérité. Il ne lui suffit pas de l’accepter, elle s’y arrête, non seulement elle la possède, mais elle en fait usage. Consentir, pour elle, demeure insuffisant : elle développe sa foi; soumettre sa raison ne lui suffit pas, mais elle raisonne sa foi, non pas à la manière de Zacharie, en raisonnant d’abord pour croire ensuite, mais en commençant par croire, pour ensuite, par amour et révérence, raisonner sur ce qu’elle a cru. Ainsi, symboliserait-elle pour nous, non seulement la foi des simples, mais tout autant celle des docteurs de l’Église qui ont à approfondir, à bien considérer, à préciser tout autant qu’à proclamer l’Évangile. Ils ont à distinguer la vérité de l’hérésie, à prévenir ou à remédier aux diverses aberrations de faux raisonnements, à combattre avec leurs propres armes l’orgueil et la témérité, et ainsi à triompher du sophiste et du novateur.

John Henry Newman (1801-1890), Fête de la Purification
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