Origène. Ombre, image et réalité


Ce verset du psaume : “Bien que l’homme marche dans l’image”, me semble contenir un mystère : la vie de ce monde, et ce qu’on y fait, sont en quelque sorte des préfigurations et une image, tandis que la vie future n’est pas imaginaire, mais vraie. Et c’est là ce qui est dit : chacun a une image de la vertu, mais ne vit pourtant pas, à proprement parler et franchement dans la Vertu elle-même.

Je m’explique : la sagesse et la science sont une part importante des vertus ; mais dans la vie présente, si quelqu’un pense qu’il connaît, il n’a pas encore connu comme il convient de savoir, car celui qui connaît, connaît “en énigme”. Nous marchons donc dans l’image de la science, et non dans la science elle-même par laquelle on connaît “face à face”.

De même également, nous marchons dans l’image de la Sagesse et pas encore dans la Sagesse elle-même, car nous ne contemplons pas encore « à visage découvert la gloire du Seigneur ». J’ose dire la même chose de la justice de Dieu : nous marchons dans l’image de la justice, et nous n’avançons pas encore dans cette Justice que l’on voit “face à face”.

Ceci deviendra plus clair pour l’intelligence à partir des paroles de l’Apôtre Paul qui note dans la Loi trois sortes de caractères, parlant d’ombre, d’image et de vérité. Il dit en effet : “Car la Loi possède l’ombre des biens à venir, non pas l’image même des réalités : chaque année, par ces mêmes sacrifices que l’on offre sans cesse, elle ne peut jamais rendre parfaits ceux qui s’approchent”.

“La Loi possède donc l’ombre des biens à venir et non pas l’image même des réalités”, montrant, sans aucun doute, que l’image des réalités est autre que ce qu’on appelle : “ombre de la Loi”. Et si quelqu’un peut décrire cette observance du culte juif, qu’il remarque que ce temple n’a pas eu “l’image des réalités”, mais l’ombre ; qu’il voie aussi que l’autel est une ombre, qu’il voie les boucs et les veaux amenés pour le sacrifice : tout cela, c’est une ombre selon ce qui est écrit : “Car c’est une ombre, notre vie sur la terre”.

Mais si quelqu’un a pu aller au‑delà de cette ombre, qu’il vienne à l’image des choses, et qu’il voie l’avènement du Christ accompli dans la chair, qu’il le voie, lui, le Pontife, présentant maintenant encore des victimes au Père, et devant en offrir par la suite ; et qu’il comprenne que tout cela, ce sont des images des réalités spirituelles, et que, par des fonctions matérielles on représente des fonctions célestes. On appelle donc “image” ce qui concerne le présent et que peut apercevoir la nature humaine.

Si tu peux, par la pensée et par l’âme pénétrer dans les cieux et suivre “Jésus qui a pénétré dans les cieux” et se présente maintenant pour nous près du visage de Dieu, tu découvriras là ces biens dont la Loi eut l’ombre et dont le Christ a présenté l’image dans la chair, qui sont préparés pour les bienheureux, “ce que l’œil n’a pas vu ni l’oreille entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme”.

Quand tu les verras, tu comprendras que celui qui marche en eux et persiste à les désirer et à les convoiter, celui-là ne marche plus dans l’image, mais déjà dans la Vérité elle-même.

Origène (~185 – ~253), Homélie 2 sur le psaume 38, 2
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Origène
Manuscrit, 1160
Bayerische Staatsbibliothek, Munich