Servais Pinckers. Prière et confiance


Quels sont les maux qui suscitent le plus spontanément notre prière, notre imploration, sinon ceux qui nous « font mal » et nous font peur, parce qu’ils nous causent une douleur physique ou sensible : la faim et les privations, les contrariétés, la maladie, les peines d’affection, la souffrance sous toutes ses formes. Ce sont des maux réels, certes, mais nous devons apprendre, notamment par l’expérience de la prière, qu’ils ne sont pas les plus grands, et surtout qu’il est des biens meilleurs à désirer, à demander, comme les vertus de courage, de patience, de charité. Nous voici devant la question des prières inexaucées. Nous la posons spontanément à Dieu : pourquoi ne nous exauce-t-il pas quand nous lui demandons ce qui nous paraît bon, parfois avec insistance ? Le Christ n’a-t-il pas dit : « Demandez et on (Dieu) vous donnera, frappez et on (Dieu) vous ouvrira. » (Mt 7, 7) En réalité, c’est à nous-mêmes que la question est posée à travers la prière née de nos besoins. Elle concerne nos relations avec Celui à qui nous nous adressons : saurons-nous lui ouvrir notre cœur par la foi et la confiance comme à un père et apprendre patiemment de lui quels sont les vrais biens, ceux qu’il veut nous donner par priorité. Quels sont aussi les vrais maux, dont il veut nous délivrer surtout. Ou nous rebuterons-nous dans notre demande et chercherons-nous par la prière à imposer à Dieu notre volonté coûte que coûte, jusqu’à lui retirer notre confiance finalement s’il ne répond pas à nos instances, comme des enfants gâtés et têtus ? La première étape de la vie de prière pose ainsi la question de la confiance et elle est décisive. Saurons-nous nous laisser guider par Dieu selon ses vues de préférence aux nôtres ?

Servais Pinckers (1925-2008), Au cœur de l’évangile, le « Notre Père »
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