Paul VI. Déjà vivants !

Francesco Guadagnuolo (*1956)
Paul VI

La Résurrection du Christ est une réalité, et quelle réalité ! Notre doctrine : biblique, historique, théologique, liturgique, spirituelle, vous le savez, n’admet aucun doute touchant cet événement : Jésus-Christ est revenu réellement à la vie par une force divine. Il est vivant, âme et corps, mais dans un état nouveau, comme homme céleste, c’est-à-dire que son humanité, elle aussi, est vivifiée par une action supérieure de l’Esprit Saint. Nous sommes, certes, dans le surréel, mais dans la vérité, une vérité dont plusieurs furent les témoins oculaires, et dont nous autres, croyants, nous devons être les champions non moins efficaces. Nous avons donc la certitude, heureuse certitude, sur le fait de la résurrection du Seigneur.

Nous avons aussi un rapport personnel et ecclésial avec le Christ ressuscité : nous aussi, comme le Christ, nous ressusciterons. C’est extraordinaire, mais c’est ainsi : si nous sommes fidèles, la foi dans le Christ et le baptême institué par lui au nom du Dieu vivant, Père, Fils et Saint-Esprit, nous assurent une victoire sur la mort semblable à la sienne. Oui, une victoire sur la mort ! Nous le disons avec une immense stupeur et une merveilleuse joie. La mort, notre suprême ennemie, à la fin sera vaincue. Nous aussi, nous ressusciterons ! Le Christ, principe de ce prodige, en est la cause exemplaire : c’est dans le Christ, c’est comme lui que nous devons ressusciter. Il en est aussi la cause méritoire : c’est à cause du Christ que nous pourrons ressusciter. C’est là l’accomplissement de sa mission messianique. Tel est le miracle de la rédemption. Si nous correspondons au dessein rédempteur, tel sera notre sort final, notre eschatologie. Le mystère pascal domine donc notre suprême destin.

Il faut nous interroger sur l’influence qu’a sur notre vie dans le temps, notre foi en la vie future, telle qu’elle a été annoncée par le Christ et enseignée par l’Église. Jadis, ce souci était vigilant : l’homme en pèlerinage à travers le temps y trouvait une lumière qui brillait dans l’obscurité si dense, si insidieuse de son chemin. Aujourd’hui, au contraire, on dirait qu’on fait tout pour voiler ou pour éteindre cette lumière, pour écarter de la mentalité des gens la pensée de la vie future, pour habituer l’homme moderne à se faire de la vie une idée purement temporelle et actuelle, et pour l’amener à organiser son existence, exclusivement en fonction du temps présent, sans aucune visée sur l’au-delà.

Mais nous, chrétiens, si nous croyons dans la réalité et dans la vertu du mystère pascal, nous devons nous faire une autre idée de notre vie : celle-ci a une double face, elle est dans le temps, mais un jour elle sera dans le royaume céleste, état ontologique nouveau, mystérieusement et merveilleusement conçu par l’Esprit de Dieu. Par certains titres, comme la foi, la grâce, la charité, nous appartenons déjà à ce royaume céleste. Nous sommes en partie d’ici, et en partie de l’au-delà; nous sommes déjà nouveaux, déjà vivants d’une vie que la mort corporelle ne saurait éteindre. Nous devons savoir vivre simultanément dans le temps et dans le ciel. Rappelez vous les paroles de Paul : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut. » C’est en haut qu’est votre but, non sur la terre : qu’au milieu des vicissitudes humaines, nos cœurs restent attachés où sont les vraies joies.

Paul VI (1963-1978), Audience générale du 22 mai 1974
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