Louis Pernot. « Sur la terre comme au ciel »

Dieu mesure le monde
Bible moralisée, Paris (~1250)
Österreichische Nationalbibliothek, Wien

Dans la langue originale, le Ciel est mentionné avant la Terre. Ainsi avons nous trois demandes célestes, puis la formule : « Comme au Ciel ainsi la Terre », et on passe aux demandes terrestres. Ces cinq mots en grec sont le pivot qui fait basculer du ciel à la terre et résument tout le prière, et en représentent tout l’enjeu.

Le sens de toute prière est en effet de faire le lien entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et nous, entre nos idéaux et la réalité, entre la peur d’aujourd’hui et la confiance que le Ciel nous donne, entre le péché et le pardon céleste, le découragement dans nos actions terrestres et l’espérance céleste.

Prier Dieu, c’est vouloir faire descendre Dieu dans nos vies terrestres, et que tout ici-bas soit fécondé par les trésors du Ciel que sont la grâce et l’amour. S’il en est ainsi, alors oui, nous avons tout le pain dont nous avons besoin, nous avons le pardon, la force de sortir de l’épreuve et l’antidote contre le mal. C’est cela dont nous avons besoin : de vivre tous les jours du bonheur de la présence de Dieu et de sa grâce.

Mais pour que ces grâces se réalisent concrètement dans nos vies de tous les jours, encore faut-il qu’elles soient bien établies dans notre foi. C’est pourquoi le Notre Père commence par les trois demandes célestes, pour qu’elles puissent basculer vers le terrestre en l’arrosant. Prier, ce n’est donc pas tant partir de nos problèmes pour les déplorer ou demander que Dieu les gère à notre place, mais c’est remonter vers notre Père céleste, comme le plongeur remonte à la surface pour chercher de l’oxygène, ou le voyageur qui meurt se soif court vers la source d’eau vivre.

Louis Pernot, © Église protestante unie de l’Étoile, Paris, 24 juin 2018
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