Louis Pernot. « Ne nous laisse pas entrer en tentation »

Deuxième tentation de Jésus, XIIIe s.
Cathédrale Saint Lazare, Autun

Depuis 1966, que vous soyez catholique ou protestant, vous priiez dans un contresens absolu, en récitant le Notre Père. Enfin, lorsque vous aviez choisi de prier en français, et non pas en latin. Le et ne nos inducas in tentationem avait été traduit dans le missel de par un très provocateur et ne nous soumets pas à la tentation.

Car n’était-ce pas provoquer le Seigneur que de l’accuser, en quelque sorte, de nous soumettre à la tentation, c’est-à-dire de nous faire subir des tentations pratiquement sur son ordre ?

A partir du 3 décembre 2017, les évêques francophones nous invite, à travers le monde entier, à cette nouvelle traduction : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » La traduction du verbe inducere donne plusieurs possibilités : badigeonner, enduire, faire entrer, conduire dans, etc. Les traditionalistes garderont leur propre traduction : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation. » Avouons que cela est plus raisonnable. Dieu ne peut favoriser le mal, même s’il donne à l’homme toute possibilité de le faire.

L’ambiguïté est ainsi levée sur ce sixième verset de la plus populaire prière chrétienne, celle-là même que le Christ a enseignée à ses apôtres et que l’on retrouve dans les Évangiles de Luc et de Matthieu. Ainsi, les évêques reviennent à un Créateur plus protecteur, et non poussant ses fidèles à commettre le péché. Mais cette nouvelle version n’est pas si nouvelle que vous pouvez le croire. Depuis le XIIe siècle, le Notre Père, dans sa traduction française, priait Dieu ainsi : « Et ne nous mène pas en tentation. » Il a fallu attendre la bible catholique de Lemaistre de Sacy, au XVIIe siècle, pour réciter la prière en vigueur jusqu’au concile de Vatican II.

13 « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : Ma tentation vient de Dieu. Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. 14 Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit. » (Jc 1, 13-14)

Louis Pernot, Boulevard Voltaire (25 novembre 2017)
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