Karl Rahner. La grâce de l’Avent


En ce temps qui n’est plus l’automne, mais qui n’est pas encore l’hiver, en ce temps de l’Avent, vivons notre foi avec plus d’intensité et d’intériorité que jamais. Une telle période d’entre-deux est susceptible de nous inviter à une intériorisation plus intime de la foi.

Voyez, pendant ces semaines qui marquent la fin de l’automne et le commencement de l’hiver, comme le monde se fait plus calme. Toutes choses, autour de nous, perdent leur couleur et prennent des tons pâles. Plus encore qu’en d’autres saisons, on aime être chez soi, se recueillir, être seul, et l’on y parvient plus aisément. Les voix du dehors, semble-t-il, ont perdu quelque chose de leur intensité, le monde n’ose plus prétendre se suffire, être sûr de lui, faire l’étalage orgueilleux de sa puissance et de sa vie. Où donc est l’explosion de vie des autres saisons, la plénitude exubérante du printemps et de l’été ?

C’est le moment de vaincre la mélancolie qu’engendre la considération du temps, et de se murmurer obstinément au-dedans de soi-même l’affirmation de la foi : je crois à l’éternité de Dieu, à cette éternité qui s’est abaissée jusqu’à s’introduire dans le temps, ce temps qui sert de cadre à ma propre existence. Du sein de ce mouvement désolant de flux et de reflux qui caractérise le temps de ce monde, voici que monte secrètement la Vie qui ne connaît pas de mort. Elle est déjà là, en moi, du fait que je crois. Pour que le cycle désespérant de la naissance et de la mort s’immobilise sur la vraie réalité, j’ai si peu de choses à faire : croire à cet Avent de Dieu qui a fait irruption dans notre temps, autrement dit, supporter patiemment la griffe amère et dure du temps et son pouvoir de mort, en refusant de croire qu’il aurait le dernier mot.

Jusqu’au jour où tu entendras tomber sur toi la parole divine : « Entre dans la joie de ton Seigneur », tu seras sous le régime de l’Avent. C’est dire que Dieu n’attend pas de toi une joie exubérante : il est si lourd le poids des chaînes auxquelles te rive le temps, même si elles ont commencé à tomber de tes mains et de tes pieds ! Tout ce qui t’est demandé, c’est d’entretenir en toi cette joie humble et discrète de la foi qui vit dans l’attente du monde à venir.

Karl Rahner (1904-1984), L’homme au miroir de l’année chrétienne
> Biographie