François de Sales. La glorieuse amante Madeleine


La glorieuse amante Madeleine rencontra les Anges au sépulcre : ils lui parlèrent sans doute angéliquement, c’est-à-dire suavement, voulant apaiser l’ennui dans lequel elle était; mais elle, tout éplorée, ne sut prendre aucun plaisir ni dans leur douce parole, ni dans la splendeur de leur habit, ni dans la grâce toute céleste de leur maintien, ni dans la beauté tout aimable de leurs visages; Madeleine, toute couverte de larmes, s’écrie : « Ils m’ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils me l’ont mis! »

Alors, se retournant, elle voit son doux Sauveur, mais en forme de jardinier, dont son cœur ne peut se contenter; car, toute pleine de l’amour de la Mort de son Maître, Madeleine ne veut pas de fleurs, ni par conséquent de jardinier; elle a dans son cœur la Croix, les clous, les épines; elle cherche le Crucifié : « Hé, mon cher maître jardinier, dit-elle, si vous aviez peut-être point planté mon Bien-Aimé et Seigneur trépassé, comme un lis froissé et fané, entre vos fleurs ! Dites-moi vite(ment) et moi, je l’emporterai ». Mais il ne l’appelle pas plus tôt par son nom que toute fondue en plaisir, « Hé Dieu ! dit-elle, Mon Maître ! »

Rien certes ne peut l’assouvir; elle ne saurait pas même se plaire avec son Sauveur s’il ne paraît en la forme dans laquelle il lui avait ravi son cœur.

Les Rois n’ont pu se complaire ni dans la beauté de Jérusalem, ni même dans la clarté de l’étoile; leur cœur cherche la petite grotte et le petit Enfant de Bethléem….

Pour mieux voir et magnifier le souverain Bien Aimé, l’âme va toujours cherchant sa face.

François de Sales (1567-1622), Amour de Dieu, chapitre VIII
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