La Cité de Dieu

La Cité de Dieu (~1485)
Version française du De Civitate Dei
Bibliothèque royale des Pays-Bas

Le fréquent souvenir de la cité Jérusalem et de son Roi, nous est douce consolation, agréable occasion de méditation, nécessaire allègement de notre lourd fardeau. Je dirai donc brièvement quelque chose sur la cité Jérusalem, et à la gloire du règne de son Roi. Je dirai et j’écouterai ce qu’en moi dit le Seigneur, de lui et de sa cité. Que cela soit un peu d’huile sur le feu allumé par Dieu en vos cœurs, pour que votre âme, enflammée en même temps du feu de la charité et de l’huile de l’exhortation, s’élève plus robuste, brûle avec plus de ferveur, monte plus haut. Qu’elle quitte le monde, qu’elle traverse le ciel et qu’elle atteigne Dieu : le voyant en esprit et l’aimant, qu’elle respire un peu et se repose en lui.

Dans les hauteurs est établie la cité de Jérusalem. Son bâtisseur est Dieu. Le fondement de cette cité est unique : c’est Dieu. Unique aussi est le fondateur : c’est le Très Haut, lui même, qui l’a fondée. Unique est encore la vie de tous ceux qui vivent en elle; unique est la lumière de ceux qui la voient, unique est la paix de ceux qui se reposent, un est le pain dont tous se rassasient; une est la source à laquelle tous puisent un bonheur sans fin. Et tout cela, Dieu l’est lui même, lui qui est tout en toutes choses : l’honneur, la gloire, la force, l’abondance, la paix et tous les biens. Un seul suffit à tous.

Cette cité solide et stable demeure éternellement. Par le Père, elle luit d’une lumière éclatante; par le Fils, Splendeur du Père, elle se réjouit, elle aime; par l’Esprit Saint, Amour du Père et du Fils, elle existe et se modifie, elle contemple et s’illumine, elle s’unifie et se réjouit. Elle est, elle voit, elle aime. Elle est parce qu’elle met sa force dans la puissance du Père ; elle voit parce qu’elle brille de la sagesse de Dieu; elle aime parce qu’elle a sa joie dans bonté de Dieu. Bienheureuse est cette patrie qui ne craint pas d’adversité, qui ne connaît rien sinon les joies de la pleine connaissance de Dieu.

Cette cité n’aura pas besoin de la lumière du soleil, mais Dieu le tout puissant l’illuminera. Son flambeau est l’Agneau : l’Agneau de Dieu, l’Agneau sans tache que le Père envoya dans le monde en victime salutaire. En vivant sans péché et en mourant pour les pécheurs, il enleva le péché du monde, dénoua les douleurs de l’enfer et en fit sortir les prisonniers, triomphant devant eux et les rétablissant avec lui même en son royaume.

Lui, il est très beau d’aspect, très désirable à voir, c’est lui que les Anges désirent contempler. C’est un roi pacifique, dont la terre entière désire voir le visage. Il est l’ami des pauvres, le consolateur des affligés, le gardien des tout petits, Il est l’autel d’or dans le Saint des Saints, le doux repos des fils, un spectacle agréable aux anges. Il est le trône sublime de la suprême Trinité élevé au dessus de tout, lui qui est béni dans les siècles. Il est la couronne des saints, la lumière de tous, la vie des anges.

Ô que lui rendrons nous pour tout ce qu’il nous a donné ? Quand serons nous délivrés de ce corps voué à la mort ? Quand serons nous enivrés de l’abondance de la maison de Dieu, voyant la lumière dans sa lumière ? Quand donc apparaîtra le Christ, notre vie, et serons nous avec lui dans la gloire ? Quand verrons nous le Seigneur Dieu dans la terre des vivants, le pieux rémunérateur, la vision de la paix, l’habitant du repos, le consolateur des affligés, le premier né d’entre les morts, la joie de la résurrection, l’homme de la main droite de Dieu, celui qu’affermit le Père ? Il est le Fils de Dieu, choisi entre des mille. Écoutons le, croyons en lui, ayons soif de lui; que nos yeux ruissellent de désir, jusqu’à ce nous soyons transférés de cette vallée de pleurs et que nous soyons placés dans le sein d’Abraham.

Anonyme du XIIe s.